Which side are you on ? – Ken Loach (1984)

Royaume-Uni – 1985 – 52 mn

[Film supprimé sur YT – en attente de le retrouver sur la toile. ]

La grève des mineurs de 1984-85 fut l’une des plus importantes du Royaume-Uni et connut une défaite qui marqua le déclin du mouvement syndical et ouvrier du pays. C’est là l’un des glorieux succès néfastes de la politique Thatcher que d’avoir à la fois vaincu ce mouvement énorme mais aussi d’avoir par conséquent réussi à liquider des milliers de travailleurs à qui travail et ressources furent pillés… Et il y a des cinéastes capables d’oser faire des films humanisant cette politicienne, au détriment des luttes sociales qui s’y sont opposées, dans un oubli assez hallucinant et faisant de la petite histoire un prétexte d’amnésie. En effet un pitoyable et très contestable La dame de fer a été réalisé en 2012, de Phyllida Lloyd, avec Meryl Streep… Je renvoie à cette chronique de la journaliste et écrivain Mona Chollet dont je trouve les textes souvent intéressants et prenants – portant notamment (donc) sur le cinéma mais aussi les luttes des chômeurs et précaires, le féminisme… 

Il est dommage que Which side are you on ne soit pas accessible avec sous-titres français sur la toile car les paroles ont vraiment leur importance, en plus des images. En effet le film de Ken Loach est constitué de poèmes et chansons de lutte créés durant cette grève, tandis que les images et témoignages renvoient aussi aux répressions policières et appuis médiatiques au pouvoir. Le film est à la base une commande de London Weekend Television dans le cadre d’une émission intitulée The South Bank Show, d’ordre artistiqueLWT a refusé de diffuser le documentaire car estimé comme non conforme à la charte de l’émission, par son parti pris politique, et qu’il n’était donc plus question d’art. Loach assuma parfaitement son choix et précisa aussi, alors, que nul documentaire (tout comme n’importe quel traitement médiatique) ne peut prétendre à la neutralité et qu’il y a toujours une prise de position. Lui il choisit pour ce film de donner le point de vue des mineurs en lutte :  » On entend toujours le point de vue des généraux, presque jamais celui de l’homme de troupe… Moi, je veux donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais. […] J’essaie d’exprimer un point de vue, non pas sur la classe ouvrière, mais de la classe ouvrière. » Le titre donné est donc fort emblématique : « de quel côté êtes-vous ? », alors que le mouvement n’est pas encore achevé, et que le film s’adresse donc au spectateur ! Le film s’e conclut par cette question, sous la forme d’une chanson de lutte, devenue célèbre et maintenant davantage reprise grâce au musicien folk Pete Seeger qui en enregistra une version en 1940. C’est la poète et artiste folk Florent Reece qui l’a écrite à la base, alors épouse d’un syndiqué à l’UMWA (syndicat de mineurs) et participant actif au mouvement de mineurs de 1931 du comté de Harlan dans le Kentucky, qui se fera massacré (des grévistes assassinés, maisons ravagées…). Parmi les reprises actuelles, comme j’ai évoqué Billy Bragg pour le film The wobblies (sur les IWW et évoqué ICI sur le blog), je choisis cette fois-ci de poster une interprétation de la grande Natalie Merchant (intéressez vous vite à sa discographie, avec le groupe 10 000 maniacs mais aussi de sa carrière solo entamée depuis 1995 !) – non seulement j’en apprécie énormément la version, mais en plus la vidéo effectue un bon travail d’archives avec au préalable… une intervention filmée de Florence Reece, devant des mineurs !

Pour en revenir au film, il a donc été censuré à la télé anglaise et ne sera diffusé sur channel 4 que grâce à l’obtention d’un prix en festival d’un pays européen. Ca sera bien après les évènements du film, en janvier 85. Il a été longtemps difficile d’accès, du moins en France, et il est sorti en DVD en 2007 , compris dans un coffret Ken Loach. J’eus cependant la chance, avant cette édition, de le découvrir dans le cadre d’un cours d’une enseignante particulièrement excellente dans les transmissions de découvertes filmiques, parfois très rares, en tous genres et sujets… Si l’anglais sans sous titres ne passe pas, il reste donc à commander ce film en médiathèque si, comme moi, vous êtes plus qu’à l’arrache au niveau financier, et qu’à défaut de travail et petit pécule modestement conséquent, vous avez tout votre temps pour découvrir des films (faut pas se priver du « travail » des yeux, hein ! même si crever la dalle et recevoir sa facture d’électricité qu’on ne peut pas payer c’est pas la joie, le cinéma peut aussi être une arme pour le spectateur)… Je précise que ce film de Loach est vraiment du grand documentaire social, et qu’il serait dommage de passer à côté. Il est de la lignée d’un film comme le très bon documentaire engagé de Frans Buyens, Combattre pour nos droits, qui prit la position des grévistes du mouvement historique (là aussi perdu…) de 1960-61,  dont l’intérêt est vivace malgré un aspect didactique qui peut rebuter. Which side are you on montre un aspect important de sa carrière, ce moment où il travaillait pour la télévision et réalisait alors d’autres films à ne surtout pas négliger, tel l’excellent Cathy come home (1966), inscrit dans la continuité du Free cinema, et portant un regard sans concession sur la réalité des sans abris, confrontés à la logique institutionnelle et au manque de logement… Film qui a eu un tel impact lors de sa diffusion publique qu’il contribua à la construction de logements publics !

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Family life – Ken Loach (1971)

Royaume-Uni – EN ENTIER – VOSTF – 105 mn – En 10 parties

CHEF D’OEUVRE  !

La vie est devenue insupportable pour Janice, brimée par des parents qui l’étouffent et la forcent à subir un avortement. Contrainte d’avorter, déçue par son ami, Janice s’enfonce dans la schizophrénie, se retrouve de plus en plus souvent à l’hôpital et dégringole un peu plus à chaque fois. Aidée au début par le Dr Donaldson, un jeune médecin novateur, Janice subit après son départ un traitement aux électrochocs qui fait d’elle une poupée sans défense entre les mains de cliniciens…

Family life est le troisième long métrage de Ken Loach. Il y décrit lucidement l’opression et la répression qui peuvent exister au sein de la famille et l’institution médicale (en l’occurence, psychiatrique…). Au travers de l’histoire de Janice, Ken Loach dresse aussi un rapide portrait de médecins tentant de pratiquer « l’antipsychiatrie ».