Le jeune fille et le chêne – Kresimir Golik (1955)

Kresimir GOLIK – La jeune fille et le chêne (Djevojka i hrast) – Yougoslavie/Croatie – 1955 – 75 mn

Smilja est une petite fille vivant en Zagora (Dalmatie). Un jour, sa mère meurt sous un petit chêne et se retrouve orpheline. Elle est finalement adoptée par le plus riche du village et arrose régulièrement le chêne où sa mère est morte. Plusieurs années plus tard, devenue une jeune femme, Smilja est désirée par son beau-frère Josip. Jaloux de son petit ami Ivan,  il le tue et la viole. Les frères d’Ivan veulent se venger.

Dès son générique, La jeune fille et le chêne présente des similitudes avec le plus tardif Lisice (Les menottes, 1969), un autre film croate mais réalisé cette fois-ci par Krsto Papic. Relayé ICI sur le blog, Lisice est rangé parmi les chefs d’oeuvre du cinéma croate. Les deux films ont ceci de commun qu’ils ont pour cadre la ruralité rugueuse de l’arrière-pays dalmate, partageant à l’image un décor hostile. L’un se déroule aux aux abords du Mont Dinara (Lisice), l’autre dans la région du Zagora avec la sécheresse du maquis et un environnement karstique prononcé, composé de nombreuses cavités. La proximité ne réside pas que dans le décor puisque les deux films partagent aussi un enracinement culturel. Ainsi le folklore avec par exemple le Nijemo Kolo, une danse typique de l’arrière-pays dalmate consistant à une ronde dont le bruit des pas se supplée à l’absence de musique et de chant. Il est vrai que si cette danse est nettement intégrée dans la mise en scène de Lisice,  elle est à peine évoquée dans La jeune fille et le chêne. Par ailleurs un certain patriarcat et un acte de viol rapprochent également les deux réalisations. L’aspect politique bien net dans Lisice constitue une différence majeure avec son prédécesseur mais il est probable que Papic ait puisé une inspiration (même inconsciente ?) dans le film de Golik. A noter que La jeune fille et le chêne a été scénarisé par l’écrivain et ancien partisan Mirko Bozic qui en 1955 avait publié deux romans au fort ancrage dans l’arrière-pays dalmate.

D’abord journaliste sportif pour Radio Zagreb dans l’immédiat après guerre, le premier long métrage que Golik réalisa avec la Jadran Film (société de cinéma croate) fut Plavi 9 (1950), soit le premier film yougoslave à avoir pour cadre le football et déjà une comédie au très gros succès dans le pays. Deuxième long métrage de Golik, La jeune fille et le chêne fut encore remarqué en Yougoslavie mais peu après un historien révéla que Golik adolescent avait travaillé pour le régime oustachi (pouvoir fasciste installé en Croatie et Bosnie-Herzégovine pendant la seconde guerre mondiale). C’est ainsi qu’il fut interdit de réaliser des films pendant presque 10 ans, ayant pu au mieux être assistant. De retour à la réalisation à la fin des années 60 avec notamment un petit documentaire au ton proche de la Vague Noire (Od 3 do 22, 1966), il a par la suite engendré une oeuvre au retentissement national important avec par exemple des comédies aux retombées très populaires. Egalement réalisateur pour la télévision, telle une une série qui a eu pour cadre la ruralité de Podravina (campagne nord-est de la Croatie) avec une place importante accordée aux dialectes, Golik est parmi les cinéastes les plus populaires du cinéma croate.

Il me reste à inviter à découvrir ce film dont le ton dramatique appuyé par la musique de Branimir Sakac et la performance de l’actrice Tamara Miletic ou encore les mémorables plans tournés dans cette région croate ne peuvent laisser indifférent, malgré la qualité sonore et visuelle médiocre de la version actuellement en circulation sur DM (j’avais téléchargé une version moins abîmée mais elle est déjà ôtée de la toile). En tout cas c’est toujours mieux que rien et cela permet d’enrichir un peu plus la découverte du cinéma yougoslave dont je m’étais mépris lors d’une note lointaine en pensant que la campagne fut peu représentée dans ce cinéma. Au fil des découvertes c’est le contraire qui se révèle. Pensons par exemple à un autre film se déroulant dans le milieu rural croate, à savoir Breza de Ante Babaja (1967) et relayé ICI sur le blog. De quoi par exemple alimenter une longue soirée de projection avec Lisice et ce film de Golik à l’occasion d’un festival (pour le moment) imaginaire du cinéma yougoslave.

FILM INTÉGRAL EN VO :

(sous-titrage anglais à choper via une recherche google)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s