La vallée des abeilles – Frantisek Vlacil (1968)

Frantisek Vlacil – La vallée des abeilles (Udoli vcel) – 1968 – Tchécoslovaquie – 97 mn

« C’est un « film-parabole » et ce genre, dans les années soixante, devient en Tchécoslovaquie un moyen employé pour prendre position par rapport à la réalité. Le passé, l’histoire, sont utilisés pour crier l’impuissance de l’homme face aux forces brutales qu’il porte en lui et face aux institutions qui font bien peu cas des individus. » (Eva Hepnerova-Zaoralova, hommage à Frantisek Vlacil au Festival La Rochelle)

Au XIIIe siècle, suite à un mauvais présage au mariage de son père, Ondrej est offert à Dieu et rejoint l’Ordre des Chevaliers Teutoniques. Des années plus tard il s’enfuit du monastère et retourne au château familial. Son ami chevalier Armin, extrêmement dévoué à l’Ordre, le poursuit afin de le faire revenir. 

Affiche du film :

(par le tchèque Jiri Svoboda, réalisateur à partir des années 70)

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Découvert peu de temps après Le Retour du Dragon (ICI sur le blog), La vallée des abeilles fut encore une « baffe » nocturne du cinéma tchèque des années 60. Ne relevant pas non plus d’un fond ouvertement politique et critique (la lecture politique est possible, mais on peut clairement savourer le film sans y voir cette interprétation), il est similaire au film du slovaque Eduard Grecner et c’est très intéressant de voir ces films en vis à vis.  Tous deux sont proches du cinéma d’Ingmar Bergman et dégagent une approche visuelle relevant de la parabole, non d’un réalisme ancré socialement et historiquement malgré que les intrigues se déroulent au Moyen-âge. L’esthétique des deux films est prenante, tel un rendu intense des relations entre les personnages sans que cela passe outre mesure par les dialogues. Dit autrement, on ressent une intériorité vivace sans que ça passe par un credo narratif explicite.

La vallée des abeilles est le troisième long métrage de Frantisek Vlacil, surtout connu pour avoir créé une oeuvre majeure du cinéma tchèque, une fresque atteignant presque 3 heures : Marketa Lazareva (1967, édité par Malavida). Bien que de la génération de la nouvelle vague tchécoslovaque, Vlacil a développé une démarche cinématographique à part et surtout condamnée pour ses parti-pris esthétiques :

 » Il s’est toujours situé en dehors des modes et des vagues qui agitent la création cinématographique. Il a l’âge de Karel Kachyña, de Vojtech Jasny, de Zbynek Brynych, de Ladislav Helge…, de toute cette génération de cinéastes qui au début des années cinquante, cherchait à briser le cercle clos du réalisme socialiste. Pourtant, dès son premier long métrage, La Colombe blanche (1960), Frantisek Vlácil se démarque des courants qui précèdent la « Nouvelle vague » tchèque. (…). Contrairement aux cinéastes de sa génération, Frantisek Vlácil n’a pas fait d’études cinématographiques, mais d’Histoire de l’art et d’esthétique. Pour cette raison peut-être, il crée des liens particulièrement étroits et sophistiqués entre l’image et la musique. Les liens sont si subtils qu’en 1960, la critique cinématographique, influencée par la doctrine féroce contre le formalisme (cf. Jdanov), est bien embarrassée devant La Colombe blanche, symbole de la paix. » (Eva Hepnerova-Zaoralova, hommage à Frantisek Vlacil au Festival La Rochelle)

Après le printemps de Prague et l’invasion des chars soviétiques en 1968, Vlacil a continué de réaliser des films mais en s’adaptant au contexte de la normalisation qui touchait aussi le domaine artistique (renforcement du contrôle et de la censure etc). Une adaptation qu’avait préventivement refusé dans la presse le cinéaste slovaque Grecner, l’auteur du Retour du dragon, ce qui lui valut l’interdiction de réaliser et une longue mise à l’écart l’ayant conduit au doublage.

Séquence de début de La vallée des abeilles en VOSTFR :

(film intégral VO non sous-titrée sur le lien ICI – Il y a des moyens pour le voir en VOSTFR)

Produit par les studios Barrandov, structure phare du cinéma tchécoslovaque, le film est une adaptation de La vallée des abeilles de Vladimir Korner. Écrivain, il a également suivi des études à la FAMU et a entamé une carrière de scénariste à partir des années 60. C’est ainsi qu’en plus de La vallée des abeilles, il a scénarisé d’autres films pour les studios Barrandov et la télévision. D’ailleurs, il s’est de nouveau associé avec Vlacil pour Adelheid (1970) qui semble valoir la découverte et réalisé juste avant la normalisation pleinement appliquée.

Parmi les acteurs on retrouve Jan Kacer (Armin) qui fut par exemple le personnage principal dans Personne ne va rire de Hynek Bocan (très bon film relayé ICI sur le blog), Petr Cepek (Ondrej) dont je retiens le rôle dans l’excellent Lampes de pétrole (1972) de Juraj Herz, et Vera Galatikova (Lenora adulte) qui participait là à un deuxième film et qui poursuivit dans le cinéma tchèque tel un personnage secondaire dans Chronique morave (1969) de Vojtech Jasny.

Comme pour Le retour du dragon, la musique du film (chants grégoriens, solos de flûte etc) est une grande réussite. Elle est composée par Zdenek Liska qui a contribué à plusieurs films de la nouvelle vague tchécoslovaque (tel l’inontournable Les oiseaux, les fous et les orphelins de Juraj Jakubisko) et a aussi beaucoup travaillé avec le cinéaste d’animation tchèque Jan Svankmajer.

Générique d’ouverture de La vallée des abeilles :

(musique de Zdenek Liska et bourdonnement des abeilles)

 

Au niveau des interprétations du film, j’ai trouvé très intéressant une double lecture publiée en anglais par Jonathan McCalmont sur le site Culture ruthless.  Il y expose critique du totalitarisme et homosexualité refoulée. J’incite donc à s’y rendre pour lire cet article passionnant illustré de quelques images du film.

Le retour du dragon – Eduard Grecner (1967)

Eduard Grecner – Le retour du dragon (Drak sa vracia) – 1967 – Tchécoslovaquie – 82 mn

« An intersection between modern art and folk culture (…) an eternal ballad about the essence of life » Peter Hames (spécialiste du cinéma tchèque et slovaque)

Rejeté violemment d’un village où il est perçu comme responsable de désastres naturels, un potier reclus y revient des années après. Un incendie s’étant déclenché dans la forêt et menaçant les vaches des villageois, Dragon propose de ramener le troupeau sain et sauf. Il est accompagné de Simon, le mari de son ancienne compagne. 

Le retour du dragon est le troisième long métrage d’Eduard Grecner, réalisateur et scénariste slovaque. Touché par la tuberculose, il ne put mener à terme son cursus étudiant. Il fut d’abord à la FAMU, puis se spécialisa dans la dramaturgie où il suivait l’enseignement de Vaclav Wasserman, un cinéaste tchèque prolifique devenu un des principaux enseignants de la FAMU. Par la suite le Studio Hranych Filmov Brastislava le sollicita et il y fut assistant-réalisateur des deux premiers longs métrages de Stephan Uher dont Le soleil dans le filet (1963). Après cette dernière collaboration les deux hommes restaient proches et Uher, un des artisans de l’essor de la nouvelle vague tchécoslovaque, aida Grecner à se diriger vers la réalisation de films. Lors du printemps de Prague de 1968, Grecner s’exprima ouvertement dans la presse en critiquant l’invasion des chars soviétiques et la normalisation, annonçant le refus de s’y adapter dans son travail d’artiste. Cela lui valut d’être interdit de tourner, d’être mis à l’écart et c’est ainsi qu’à part une poignée de réalisations pour la télé (et des films beaucoup plus récents) il se raccrocha essentiellement au doublage.

Le retour du dragon n’eut pas de succès particulier lors de sa sortie, tant d’un point de vue commercial que critique. C’est après une quarantaine d’années que le film a commencé à avoir de très bonnes résonances. De nos jours, il est souvent considéré comme son chef d’oeuvre. En tout cas, c’est une découverte qui ne laisse pas indifférent. Un film étrange et éprouvant psychologiquement.

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Produit par le Studio Hranych filmov Bratislava, important studio slovaque qui a été privatisé en 1996, l’équipe du film est composée d’acteurs ayant déjà un passif dans le cinéma tchécoslovaque de l’époque. Ainsi dans les rôles principaux figurent l’excellent Radovan Lukavsky (Dragon) qui avait par exemple participé à Pouta (1961) de Karel Kachyna et tournera encore dans de nombreux films (cinéma et TV) jusque dans les années 2000, Gustav Valac (Simon) qui venait de jouer dans La nuit de la nonne (1967) de Karel Kachyna, et enfin Emilia Vasaryova (la silencieuse Eva) qui fut un personnage principal dans Un jour un chat (1963) de Vojtech Jasny, parmi les films majeurs de la nouvelle vague tchécoslovaque. A noter que Valac aurait voulu interpréter Dragon et au départ cela a donc généré une tension, ce qui a profité au film étant donnée la jalousie profonde qui contamine le personnage de Simon (sa femme aime Dragon).

Le compositeur de la musique n’est autre qu’Ilja Zeljenca, un collaborateur très régulier de Stefan Uher (Le soleil dans le filet et sept autres fictions) et sollicité dans de nombreux autres films. Sa composition pour Le retour du dragon contribue à l’atmosphère très particulière, donnant lieu à des expérimentations sonores mêlées à des percussions et des chœurs. Un aspect expérimental que Zeljenca pratique de plus en plus dans les années 70 mais cette orientation a finalement été obstruée par le régime.

Extrait (Simon et Dragon en route vers la forêt incendiée) :

Réalisateur et scénariste du film, Grecner l’a adapté d’un roman de l’écrivain slovaque Dobroslav Chrobak. Dans une interview réalisée en slovaque, le cinéaste évoque la difficulté de l’adaptation, de l’interprétation du texte en film, soit un aspect qui l’a fasciné pendant des années. Or ici il souhaitait révéler cinématographiquement les intériorités des personnages traduites poétiquement dans le roman. Pour cela il a vraisemblablement dépouillé le récit original (que je n’ai pas lu) en ôtant nombreuses parties explicatives. En fait, un des traits particuliers du film sont la rareté des dialogues et les multiples silences, le traitement visuel étant prédominant dans l’approche de l’intériorité des personnages et les relations entre eux. Ainsi par exemple le personnage d’Eva, toujours silencieuse et impeccablement interprétée par l’actrice Emilia Vasaryova. A ce propos, Grecner dit avoir été nettement influencé par Le Silence (1963) du cinéaste suédois Ingmar Bergman :

« Je peux vous dire que Le silence de Bergman était un modèle pour moi. C’est vrai. (…). J’ai vu ce film au Festival de Karlovy Vary. C’est mon premier exemple de comment on peut filmer des scènes de silence afin qu’il y ait des moments de tension remplis de vitalité intérieure. Le Silence a résolu mon problème de comment adapter au cinéma Le retour du dragon et à ne pas avoir peur quand un long plan sera silencieux. » (Grecner dans une interview, traduction très approximative du slovaque)

Extrait (Simon et son épouse Eva après le retour du dragon, flashback)

(séquence sans dialogues)

Il y a également des mouvements de caméra traduisant l’intensité relationnelle, telle l’envolée passée du couple Dragon-Eva. D’ailleurs la photographie de Vincent Rosinec se singularise par une profondeur de champ réduite et légèrement floutée, isolant davantage les personnages (un effet obtenu par l’emploi d’un télé-objectif particulier). Cela a tendance à donner plus d’étrangeté à l’environnement (comme insaisissable) et isole aussi les visages, renforçant la dimension psychologique (telle la séquence où le Dragon fait son entrée dans la taverne du village).

Extrait (rite païen) :

(encore une présence musicale particulière)

Ainsi le film ne relève pas d’un ancrage réaliste, soucieux d’un rendu historique malgré l’époque où il se situe. S’appuyant notamment sur cette intention de ne pas enfermer le film dans un cadre scrupuleusement situé dans le temps et l’espace, un texte de Jonathan Owen établit une piste fort intéressante quant au fond. Dans le rejet subi par le potier face à la collectivité villageoise,  il voit un parallèle avec la condition de l’artiste :

« Les principaux thèmes ici sont l’amour inassouvi, le triangle éternel et l’antagonisme entre l’individu et le collectif, mais compte tenu de la vocation créative de Dragon ce dernier thème peut être lu en particulier comme la tension entre l’artiste et la société. La «leçon» de la parabole, à partir de cet angle de vue, semble être que les artistes sont voués à l’exclusion, par nature individualiste encore mal interprétée, même lorsqu’ils essaient – comme Dragon le fait, avec succès – de servir leur communauté. »

(Jonathan Owen, extrait de « Dragon’s return, a film by Eduard Grecner« )

Voilà donc un film des années 60 très particulier, à ce jour édité en DVD par Second Run (avec livret et tout ça). Il n’existe aucune édition française mais peut être que ça viendra avec Malavida dont le catalogue actuel permet déjà de fameuses incursions dans le cinéma tchèque et slovaque. D’ici là, voici donc une version qui circule sur internet et qui personnellement m’a fait découvrir ce film de manière hasardeuse. Un hasard nocturne qui fut le bienvenu. Et je recommande vivement de découvrir un autre film tchécoslovaque en vis-à-vis, également découvert dans la nuit et qui m’a mis une autre « claque »: La vallée des abeilles de Frantisek Vlacil, relayé ICI sur le blog.

Film intégral en VO non sous-titrée :

PEU DE DIALOGUES, mais pour voir le film avec sous-titrage anglais :

copier-coller le lien de la video ICI, télécharger les sous-titres ICI, si besoin les synchroniser avec l’image ICI

Personne ne rira – Hynek Bocan (1965)

Hynek Bocan – Personne ne va rire – Tchécoslovaquie – 1965 – 90 mn

Un jeune professeur historien de l’art évite de dire des vérités sur les travaux qu’on lui soumet. Mais il se retrouve dans une situation inconfortable suite à un petit mensonge qui déclenche une série d’incidences sur sa vie professionnelle et privée. 

Ce premier long métrage de Hynek Bocan, alors un des plus jeunes réalisateurs de la nouvelle vague tchèque, fut récompensé du Grand Prix de Mannheim 1965 avant de sortir début 1966 en Tchécoslovaquie. Comme nombre de ses pairs, Bocan a étudié à la FAMU (jusque 1961), fameuse école de cinéma située à Prague, puis a été assistant réalisateur dans des films tournés par les studios Barrandov. Ainsi il travailla notamment avec Jan Nemec sur l’incontournable Les diamants de la nuit (1965) ou encore sur Pouta (1961), une des premières réalisations de Karel Kachyna. Personne ne va rire est une adaptation d’une nouvelle du recueil Risibles amours de l’écrivain tchèque Milan Kundera et que Bocan a eu comme professeur d’histoire de la littérature à la FAMU.

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Le film est produit par les Studio Barrandov, soit un des hauts lieux cinématographiques de la Tchécoslovaquie, un complexe parmi les plus grands et les plus anciens en Europe. Créés en 1931 et agrandis sous l’occupation nazie, les Studios Barrandov sont nationalisés après la guerre et demeurent propriété d’Etat jusque 1990 (avec améliorations d’équipement etc). Plusieurs films de la nouvelle vague tchèque y sont tournés dans les années 60 (films de Nemec, Chytilova, Forman, Juracek, Menzel …) ainsi que des adaptations de contes, des comédies côtoyant la science fiction etc tandis que des tournages internationaux s’y déroulent dès les années 80. Suite à la privatisation d’après la révolution de velours (1989) et une situation financière difficile, les studios se sont davantage tournés vers la scène internationale avec des films tels que Mission impossible (De Palma), Les frères Grimm (Gilliam), Hellboy (Del Toro) ou encore Snowpiercer (Joon-Ho).

Parmi l’équipe du film il est à signaler Pavel Juracek qui a co-écrit le scénario. Egalement formé à la FAMU et réalisateur, c’est surtout comme scénariste qu’il a contribué à la nouvelle génération du cinéma tchèque. Il a notamment co-scénarisé Les petites marguerites de Vera Chytilova (1966) ou encore Fin d’août à l’hôtel Ozone de Jan Schmidt (1967). Au niveau des acteurs, à mentionner Jan Kacer dans le rôle principal (Klima) puisqu’il a joué dans plus de 60 films du cinéma tchèque dont l’excellent La vallée des abeilles (1968) de Frantisek Vlacil. Enfin, un mot aussi quant à William Bukovy, l’auteur de la musique du film particulièrement réussie. Compositeur slovaque d’origine juive, il a beaucoup été sollicité pour des spots publicitaires, films d’animation et documentaires ainsi que pour quelques longs métrages de fiction dont les films slovaques Les années du Christ (1967) de Juraj Jakubisko et Le boxeur et la mort (1962) de Peter Solan pour lequel Bukovy a été récompensé par le Prix Darius Milhaud au Festival de San Francisco 1963.

Ouverture de Personne ne va rire – La thématique du film est donnée :

(sans dialogues)

La séquence d’ouverture est un petit délice qui sur un ton absurde introduit l’uniformité, à laquelle d’ailleurs collabore aussi Klima par une forme de lâcheté (il n’ose pas dire des vérités). En 1966, Bocan justifiait ainsi le choix de la nouvelle de Kundera (traduction approximative depuis le tchèque) :

« Je l’ai aimée parce que les éléments légers, la forme anecdotique parlent de choses sérieuses. C’est un film sérieux même si je garde une perspective comique. Dans l’histoire, je me suis intéressé principalement au fait que certaines personnes sans qu’ils en aient le droit moral se sentent obligées d’intervenir dans la vie privée des individus qui défient leur manière de vivre. Ils le font souvent au nom de la morale socialiste, mais il n’y a rien de plus bourgeois moderne. »

Extrait – Klara s’amuse de la surveillance du voisinage

(sans dialogues)

 

Ainsi le fond politique est traité avec une apparente légèreté, le plus souvent avec un humour qui donne un élan divertissant au film. Les quelques drôleries fantaisistes du film (tel l’extrait ci-dessus), le traitement régulièrement absurde ou encore un humour noir évoquent avec subtilité la conformité à l’ordre communiste, auquel n’échappe pas ici un intellectuel. Ce dernier n’assume pas son mensonge initial, une lâcheté persévérante qui provoque un enchaînement de conséquences nuisant à son entourage (la secrétaire de l’école, la petite amie Klara). Finalement le reproche d’imitation fait à l’égard du travail de recherche Zatureck sonne comme une (im)posture puisque son attitude dans la vie pratique montre qu’il veut apparaître comme les autres, c’est à dire fidèle à l’ordre et ne déviant pas de la trajectoire. En assumant pas ce qu’il est ou fait ou pense, il reste soumis au mimétisme induit par la société.

Un autre extrait en musique :

 

D’ailleurs Personne ne va rire révèle aussi quelques séquences particulièrement glaçantes, à l’image de celle où une réunion d’un comité local expose la vie professionnelle et privée de Klima et le juge en cumulant preuves et témoignages, ceux des voisins aidant. Le lendemain les voisins le saluent dans la rue comme si de rien et même avec un peu plus d’enthousiasme. Ainsi voilà Klima véritablement intégré dans la collectivité, tous à la même enseigne totalitaire.

Extrait – Explications au comité de voisinage

(avec sous-titrage français de l’extrait)

D’après un article tchèque portant sur le film, il aurait eu une réception critique négative dans le pays. Bien sûr d’autres films de la nouvelle vague tchèque ont abordé le totalitarisme, sans doute une approche qui est la plus privilégiée dans nos regards depuis « l’ouest ».  Mais cette génération du cinéma tchèque et slovaque ne se résume pas à ce seul fond politique tandis que d’autres films de la période pas forcément catégorisés « nouvelle vague tchèque » sont tout aussi intéressants à découvrir. Les éditions Malavida permettent d’en découvrir un certain nombre (avec des sous-titres français, des livrets de contextualisation et tout ça) mais internet permet également, avec les moyens du bord, d’élargir cette découverte. Et parfois on peut être agréablement surpris, voire plus.

Film intégral en VO non sous-titrée :

(pour voir le film avec sous-titrage anglais : télécharger la video ICI, les sous-titres ICI, les synchroniser ICI)

Jiri Barta : labyrinth of darkness (années 80)

République Tchèque – EN ENTIER – 147 mn

Compilation de courts-métrages du cinéaste d’animation tchèque Jiri Barta (biographie rapide ICI), regroupant 8 films :

A Ballad About Green Wood 11 minutes, color, 1983
The Club of the Laid Off 25 minutes, color, 1989
The Design 6 minutes, color, , 1981
Disc Jockey 10 minutes, color, 1980
The Last Theft 21 minutes, color, 1987
The Pied Piper of Hamelin 55 minutes, color, 1985
Riddles For a Candy 8 minutes, color, 1978
The Vanished World of Gloves 16 minutes, color, 1982

Survivre à sa vie (théorie et pratique) – Jan Svankmajer (2010)

République tchèque – EN ENTIER – VOSTF – 105 mn

Présentation après projection publique au Forum des images, sur le site Les nuits du chasseur de films, extrait ci-dessous

« L’intégrale Jan Švankmajer a donc débutée hier au Forum des images dans une salle plus que comble où était présentée en avant-première et en présence du réalisateur, une charge féroce contre la psychanalyse, Survivre à sa vie (Théorie et pratique)/Prezít svuj zivot (teorie a praxe)_2010.

Jan Švankmajer a joué courte sa première apparition, préférant avertir fort malicieusement le public qu’outre que son film n’avait rien de particulièrement drôle, il était inutile qu’il se fasse l’écho de son prologue où tout avait déjà été dit.

La déconstruction de la vie d’Eugène, dépressif héros de Survivre à sa vie (Théorie et pratique) peut donc débuter. »


Les conspirateurs du plaisir (Spiklenci slasti) – Jan Svankmajer (1996)

République Tchèque – EN ENTIER – Sans dialogues – 82 mn

 

Présentation sur Angles de vue   
 
« Il s’agit d’une exploration sans parole (le film n’est pas muet puisque les bruits et les musiques sont là) des styles de vie érotique de six personnages, de condition différente, mais vivant tous dans le monde moderne d’après la révolution de velours de 1989. La divulgation au compte goutte de l’intimité la plus profonde de chacun d’eux crée un suspens irrésistible. La quête du plaisir est représentée par une série d’actions concrète qui s’apparentent à un bricolage dont on ne comprend d’abord pas les tenants et les aboutissants. Chacun des personnages est en effet en quête de divers objets matériels qu’il se procure de toutes les manières possibles et qu’il assemble à sa guise. Au terme d’un travail manuel méticuleux, les différents objets se révèlent être des « machine à plaisir » dont l’utilisation, dans un délire surréaliste, traduit l’épaisseur d’une vie intérieure riche en manies et en fantasmes.  Si dans tout cela rien ne transparaît qui soit racontable, c’est parce que justement, pour l’une des rares fois, le langage de l’image est porté à son point culminant, ce qui le rend peu traduisible en mots.

 Cette œuvre évoque pour moi la corruption de la vraie communication entre les êtres que les moyens techniques de la civilisation capitaliste ont induite. Plus que l’illustration de recherches artistiques ou d’une sensibilité surréaliste, ce film met en scène l’extraordinaire gâchis du plaisir humain au sein de la broyeuse machine économique moderne. »