Sideways – Alexander Payne (2004)

USA. Avec Paul Giamatti, Thomas Haden Church, Virginia Madsen, Sandra Oh

Alexander Payne est issu du cinéma indépendant américain. Ce dernier a donné lieu à de nombreux films à contre-courant de ce qui est habituellement produit aux USA par Hollywood (il est vrai moins depuis quelques années car finalement production progressivement récupérée par le business – lire à ce sujet l’excellent bouquin Sexe, mensonge et Hollywood de Peter Biskind qui regorge d’anecdotes pétillantes), j’aurai l’occasion d’en évoquer sur ce blog. Payne réalise avec Sideways un bon petit film qui mérite d’être vu, à défaut d’être incontournable. Il est beaucoup question de vin, mais ce n’est pas sa seule présence qui a suffi à me charmer…

Le propos du film est simple: deux amis, Miles et Jack, qui ont atteint la quarantaine (et la crise qui l’accompagne) s’offrent une virée charmante d’une semaine sur la route des vins en Californie la veille du mariage de Jack, et c’est l’heure du constat de leurs vies…pas très positif, c’est le moins que l’on puisse dire. Miles est un alcoolique dépressif ne se remettant toujours pas de son divorce et cherchant désespérément un éditeur qui veuille bien publier son roman inspiré de sa vie; Jack, à l’apparence plus beauf et joviale, est un acteur de seconde zone (il tourne essentiellement pour des spots publicitaires ou des séries sans intérêt) qui à l’occasion de ce séjour drague à tout va et se questionne sur sa vie sentimentale, son mariage imminent.

Remises en cause, désespoir, constats d’une vie décevante, lendemains qui annoncent une triste routine quotidienne sans enthousiasme: nos 2 amis apparaissent comme 2 « perdants » autant sur le plan sentimental que sur le plan social. Sideways se déclinerait comme un road movie déprimé si la route des vins n’avait pas l’avantage d’agir comme révélateur des préoccupations intimes des personnages et débridant ainsi des choses plus profondes que ne les laissent apparaître au premier abord Miles et Jack.

Je reconnais de suite que l’une des qualités de sideways, si je fais abstraction des quelques nombreux clichés et facilités occasionnés par ci par là (le grand bémol que je donne au film), est la place occupée par le vin. Il occasionne notamment de nombreux dialogues ou monologues charmants, permet la rencontre intime de Miles et Maya, apaise ou défoule selon les cas les frustrations de nos personnages et enfin est l’élément déclencheur de quelques scènes amusantes (je déteste en revanche le côté idyllique digne d’une carte postale répondant aux pires clichés touristiques qui revient par moment quant à la route des vins).  La scène de « rencontre » entre Maya et Miles est à ce titre excellente: alors que distance et timidité dominent la rencontre, le fait de parler de ce qui les a fait se passionner pour le vin produit la véritable rencontre; le vin agit sur eux comme une révélation de leur être intime dans leurs solitudes réciproques et chaque bouteille consommée semble comme une mise à l’épreuve de leur sensibilité à l’égard des choses et de la vie; les sensations occasionnées par le vin poussent très loin l’imagination et les 2 monologues consécutifs de Miles et Maya sont touchants, quasi enivrants…de quoi donner envie de s’ouvrir une bonne bouteille et exercer sa sensibilité au vin…

Autre que le rôle du vin, le personnage de Miles contribue indéniablement au charme du film. Je le trouve irrésistible dans ses travers déprimants. Que ce soit par exemple lors du dîner de « conquête » des 2 femmes au restaurant (Jack voit son plan mis en danger par l’attitude de Miles), lors de son aveu d’impuissance à se suicider car même pas une grande œuvre à son compte avant de s’offrir ce geste qui sans cela serait le summum du pathétique, ou encore lors de sa crise à un bar de dégustation où il déroge à tous les bons principes de dégustation et finit par s’envoyer le crachoir. De manière plus générale Miles est conscient du regard porté par les autres sur lui, il n’en est pas dupe et garde à ce titre une grande lucidité (par exemple lorsqu’il se doute que la venue au mariage de son ex femme va solliciter la vigilance de son entourage proche afin que « l’alcoolique ne pique pas sa crise »). Il se sait raté, notamment comme écrivain, et ce constat l’amène à se refuser d’emblée à toute relation sentimentale sérieuse, et ne souffre pas par conséquent du regard des autres; il souffre avant tout de sa propre lucidité sur lui même, et se distingue en cela des autres car refuse la banalité d’une existence figée dans la médiocrité.

Pour le reste le film est irritant par certains aspects: le personnage de Jack m’insupporte, les clichés régulièrement utilisés pour dépeindre la route des vins, le manque de réalisme social sérieux à la faveur d’un film gentillet en fin de compte, la morale simpliste distinguant Jack de Miles (le méchant menteur qui tire des coups et finit par être puni, le sincère malheureux qui finira peut être par être récompensé)…

Quant à la fin du film, j’ai apprécié que ça ne se finisse pas sur un happy end, du genre réussite amoureuse et sociale et tout va bien pour Miles. Au contraire le film finit sur un point d’interrogation quant au devenir de Miles, et nous laisse donc en suspens quant à à la possibilité qu’il soit heureux, quand bien même peut être sera t il publié et avec Maya…

Bref un film à voir, agréable et somme toute amusant, si l’on ne s’attend pas à voir un grand film, qui ceci dit a eu un grand succès commercial à sa sortie, aux USA et ailleurs. Un film à prendre tel qu’il est: simple et décontractant, sur fond de ballade mélancolique, sans réelle remise en cause sociale, à laquelle nous amènent franchement et intelligemment plusieurs autres productions du cinéma indépendant américain…

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