Le traître – Kokan Rakonjac (1964)

Kokan Rakonjac – Izdajnik (Le traître) – 1964 – Yougoslavie/Serbie – 70 mn

Synopsis : Un résistant communiste arrêté et tabassé par la Gestapo devient un mouchard et cruel tueur de ses camarades et amis.

Comme cela fut présenté ICI sur le blog dans un article consacré au Ciné-club de Belgrade, Kokan Rakonjac fut un des artisans de ce lieu où des « cinéastes expérimentaux (et professionnels par la suite) de la Serbie des années 1950 et du début des années 1960 – dont Dušan Makavejev, Živolin Pavlović, Vojislav Kokan Rakonjac et Želimir Žilnik – créent des films faisant usage d’expérimentations narratives afin d’interroger l’essence du système socialiste » (Cinémathèque du Québec). Après la réalisation du court-métrage amateur Le mur en 1960, Rakonjac passait à deux premiers films professionnels produits par la Sutjeska Film. Il s’agissait de deux œuvres collectives composées chacune de trois court-métrages associant notamment Pavlovic en tant que réalisateur et Aleksandar Petkovic comme directeur de la photographie, soit deux autres membres dynamiques du Ciné-club de Belgrade qui retrouvent Rakonjac sur Le traître (Petkovic chef opérateur, Pavlovic au dialogue). Après la réalisation de Gouttes, eaux, guerriers (présenté ICI sur le blog), leur second film collectif La ville (relayé ICI sur le blog) fut interdit sur jugement de tribunal, vraisemblablement la seule censure prononcée de manière officielle dans le cinéma Yougoslave. Dans la foulée les réalisateurs furent confrontés à des difficultés pour obtenir une production professionnelle et durent s’adapter : Marko Babac (le troisième réalisateur des films collectifs, aussi formé au Ciné-club de Belgrade) se réorienta vers le montage; après son premier long métrage Le retour (1963) censuré officieusement et sorti qu’en 1966, Pavlovic allait devoir s’appuyer sur un financement du studio slovène Viba Film pour réaliser L’ennemi (1965, relayé ICI sur le blog); enfin Rakonjac dut revenir au cinéma amateur et c’est le Ciné-Club de Belgrade qui produisit Le traître, ce qui en fait non seulement le premier long métrage du cinéaste mais aussi du ciné-club.

FILM INTÉGRAL EN VO :

Par son héros négatif, Le traître est souvent présenté comme le premier film de la Vague noire yougoslave. C’est une considération que partage aussi La ville, évoqué plus haut, voire deux-trois films antérieurs d’autres cinéastes (notamment Dani de Aleksandar Petrovic en 1962, à contre courant et refoulé du Festival de Pula suite à une campagne hostile). Le traître est aussi perçu comme un film majeur de la brève filmographie de Rakonjak, décédé en 1969. Il faut dire qu’ici la participation de Petkovic à la photographie apporte un intérêt important.

La narration traditionnelle est chamboulée de manière similaire à ce qui est fait la même année dans Prométhée de l’île de Visevica (1964) de Mimica (relayé ICI sur le blog), avec des ruptures chronologiques et la confusion du registre réalité/souvenir-rêve. Par une structure expressive plutôt complexe Le traître témoigne de la tendance moderniste du cinéma yougoslave de ce début des années 60, aux élans formels dans la dynamique des nouvelles vagues émergentes mais parfois déclinés avec gratuité (ici comme dans d’autres films des années 60, notamment chez Mimica ou encore Peterlic en Yougoslavie). Il y a en tout cas une certaine confusion y compris dans les choix de mise en scène dont la signification à dégager est difficile, même sous forme d’hypothèses. Reste que le film exerce une certaine fascination dans cette descente aux enfers du « héros » principal reconverti en « serial killer ». On y retrouve avec plus de force l’angoisse déjà développée dans le court-métrage Le mur et la mort apparaît presque comme un salut.

Je n’ai pas pu voir le film avec des sous-titres (pas même anglais), cela a donc renforcé le caractère à la fois hermétique et fascinant de l’atmosphère du film. Il faut dire que la filmographie de Rakonjac est très difficile d’accès. Aucun de ses films n’a semble-t-il fait l’objet de restauration et ce sont des copies domestiques qui permettent le plus souvent de (re)découvrir son oeuvre. Marié à la superbe actrice Milena Dravic, une incontournable du cinéma yougoslave ayant tourné à la fois dans des œuvres commerciales « canoniques » et des films de la Vague Noire, Rakonjac est décédé à 35 ans. Une présentation croate de sa filmographie mentionne qu’il a souvent eu des obstacles à la diffusion de ses films sans pour autant proposer des films ouvertement politiques mais davantage dans la sphère privée (à l’image de son segment pour La ville), tel un tableau des relations civiles de l’ère socialiste yougoslave. La source étant en croate je n’ai pas pu bien saisir ce que voulait amener comme problématique le texte. Mais c’est une piste à garder en tête pour (re)voir et travailler la réception des quelques autres films du jeune cinéaste dont la plupart circulent en VO sur la toile (certes, à la qualité d’image et sonore médiocre).

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