Dallo zolfo al carbone (Du souffre au charbon)- Luca Vullo (2008)

Dallo zolfo al carbone (Du souffre au charbon) – Luca Vullo – Italie – 2008 – 53 mn – EXTRAITS

C’est une découverte très récente, et pour laquelle je ne m’avance pas trop car je n’ai pu voir que des extraits disponibles sur la toile – mais ô combien percutants et intrigants. C’est pourquoi je me contente ici d’une contextualisation. J’en profite pour y mettre des éléments de l’immigration italienne dans le bassin minier Nord-Pas-de-Calais, étant donné le peu de transmission là-dessus et son emprisonnement dans les vues officielles et stéréotypées, incluses dans les visions idylliques de nos « représentants » mémoriels touristico-commerciaux et collaborant aux discours d’ « intégration » en vogue… à l’encontre d’autres immigrations, surtout quand elles proviennent de ces sombres pays garnis en barbus armés de couteaux aiguisés entre les dents et femmes voilées soumises. Soit la fameuse invasion « barbare » à « civiliser », que l’extrême gauche, dans certains de ses courants, contribue aussi à vouloir combattre, « au nom de la France » (vive la « laïcité », hein Méluche).

 

Dallo zolfo al carbone est un documentaire portant sur les immigrés italiens, plus particulièrement de Sicile, venus se faire exploiter dans les mines belges à partir du lendemain de la seconde guerre mondiale. C’est une histoire partagée dans le nord de la France, puisque comme en Belgique, les italiens y ont été « vendus » en échange de charbon à l’Italie, dans le cadre de l’accord franco-italien de 1946 : pour chaque mineur italien recruté au fond, l’Italie recevait 150 kg de charbon par jour (et davantage en fonction d’une hausse de production). Les expressions « Ci hanno venduto per alcuni chili di carbone » (« Ils nous ont vendu pour quelques kilos de charbon« ) et « Carogne, farabutti » (« charognes, canailles« ) étaient alors fréquemment prononcées et partagées, d’un constat commun, par les immigrés italiens. Un accord similaire est signé entre la Belgique et l’Italie, occasionnant l’arrivée, entre 1946 et 1957, de 140.105 travailleurs, 17.403 femmes et 28.961 enfants. Soit une « immigration d’appoint » (ce charmant vocable qu’utiliseront France et Belgique pour multiples nationalités recrutées dans les Charbonnages) beaucoup plus importante en Belgique que pour le bassin minier Nord-Pas-de-Calais. Le plus souvent, cette vague d’immigration italienne se voit proposer, à gros coups de propagande dès le pays d’origine, des contrats de cinq ans. Certains repartent le plus tôt possible, d’autres fuient ailleurs. Ainsi le rapporte Rudy Damiani à partir d’archives dans le livre collectif Tous gueules noires :  » Beaucoup ne terminent même pas le contrat de cinq ans qu’ils ont signé, d’autres arrivent au terme mais ne le renouvellent pas. (…) Les cas de refus de descente ne sont pas rares, ainsi à Lens en 1956 : un accident au fond vient de se produire, les secours sortent des blessés des cages tandis qu’un groupe d’une trentaine d’Italiens attend à côté pour effectuer sa première descente; tous refusent, se sauvent et s’éparpillent dans la nature. »

UN LONG EXTRAIT DU FILM ICI (15 mn)

Cette thématique, mis à part la réduction aux folklores et son traitement posé en termes d’ « intégration exemplaire », est rarement évoquée au cinéma. La télévision, je parle ici pour la France, a donné lieu à quelques reportages, tous axés autour du folklore… ou presque. La récente initiative de mise en place du site Mémoires de mines, rempli d’archives audiovisuelles, permet d’en juger : ainsi deux reportages « classiques » où ICI il est par exemple question de la chorale des italiens, tout comme LA, sans rien d’autre (ou presque) sur leur quotidien. Avec un rapport somme toute paternaliste. Si Mémoires de mines relaie essentiellement les points de vue dominants médiatiquement (et à l’oeuvre dans la propagande des Houillères et gouvernementale) – ce qui reste intéressant à observer-, il est à signaler les contextualisations des documents videos qui sont le plus souvent critiques sur les regards journalistiques. Enfin un autre reportage tranche un peu ICI où l’italienne dénote un rapport très difficile à la venue au mines en France, tout en témoignant de la fuite des travailleurs français vis à vis du fond, remplacés par les étrangers, notamment Marocains qui termineront l’essentiel de la production charbonnière française, avant de se faire jetés comme des mal propres (« oeuvre d’appoint », dit-on -cf Sur le carreau ICI sur le blog). Niveau recherches, il y avait Rudy Damiani, grand spécialiste de l’immigration italienne dans la région Nord (et pas seulement dans les mines), mais il est malheureusement décédé.

En Belgique, les travaux de recherche sur l’immigration italienne dans les mines ont été plus conséquents, surtout à l’initiative d’Anna Morelli dont les travaux sont très loin d’une approche conventionnelle, et pas très appréciés dans le monde universitaire. Ainsi le rappelle un excellent article (ICI) de Massimo Bortolini intitulé « Le prix et l’oubli : les conditions de l’intégration de l’étranger », que j’encourage vivement à lire :  » Et lorsque Anne Morelli, professeur d’histoire à l’Université Libre de Bruxelles, qualifie de déportation l’envoi de milliers de travailleurs par l’Italie et critique l’accueil que la Belgique leur a réservé, s’attire la réprobation de la presse et des milieux universitaires, et reçoit des lettres haineuses lui conseillant de rentrer chez elle… est-ce aller trop loin que de dire qu’au terme de ce processus d’intégration, il convient que ceux qui ne sont plus tout à fait étrangers expriment leur reconnaissance à la “patrie qui les a adoptés” ?  » Je précise par ailleurs qu’Anne Morelli rappelle aussi l’importance de la mémoire des luttes ouvrières, notamment en Belgique, où la commémoration des 175 ans de la Belgique a valu de sa part quelques commentaires très pertinents, et symptomatiques, dans une interview dont voici quelques extraits : « L’exposition, comme elle est organisée, aujourd’hui ressemble à Disneyland. On y privilégie la mise en scène sur le contenu. Et tout ça avec des moyens énormes, des millions d’euros généreusement offerts par le gouvernement à des firmes privées qui organisent ces mises en scène. Car on ne s’est bien sûr pas adressé à des organismes publics, qui ont pourtant les compétences nécessaires pour organiser ce type d’événement. Ces mêmes firmes ont aussi produit de très mauvaises expositions comme J’avais 20 ans en 1945, qui ont eu beaucoup de succès grâce à un énorme battage publicitaire. Quant au contenu idéologique, on y avait totalement sous-estimé l’activité de la Résistance, des Soviétiques et des communistes. Selon moi, l’exposition idéale montrerait qu’il est possible de changer le monde, que la lutte est le seul moteur de l’amélioration des conditions de vie. Mais je ne crois pas que j’obtiendrais beaucoup de subsides officiels ou de sponsorings de firmes privées pour faire passer un tel message. La plupart des gens ignorent ce qui s’est passé en 1886 alors que ces grèves ont fait démarrer la protection sociale des travailleurs dans notre pays. Personne ne connaît les noms de ceux qui sont morts dans ce mouvement ouvrier, le seul nom qui a été retenu est celui du général Vandersmissen, qui a rétabli «l’ordre». Les héros de l’histoire sont choisis non pas de manière objective, mais par le pouvoir. Nous ne connaissons pas plus les noms des femmes ouvrières qui, par leurs révoltes, ont fait avancer les droits des femmes.Aujourd’hui, les profs d’histoire du secondaire n’ont plus de manuel scolaire officiel. Et lorsqu’ils en avaient un, la question sociale n’y était abordée que sous l’angle misérabiliste des pauvres ouvriers dont les lois sociales ont amélioré le sort. Mais ces lois sociales, on les présente comme tombées du ciel, issues de la bonne volonté du législateur dans un brusque élan de générosité. Sans relever que c’est par les luttes que les choses se sont améliorées. Notre pays a été et sera probablement le terrain de nombreuses révoltes. » Comment ne pas penser ici à la « généreuse » rénovation de Charleroi, quartier ville basse, aux projets privé et public d’aménagement, à façade publicitaire « Monopoly » (véridique !), où l’histoire ouvrière de la ville se fait complètement défoncer. Ou on laisse se délabrer les habitats et quartiers ouvriers, ou on vire les pauvres quand on rénove, en édifiant des commerces luxueux (adaptés à une autre clientèle) et des bureaux pour « revaloriser et dynamiser la ville », tout en maintenant une pseudo histoire ouvrière. Et on se gargarise d’en être les héritiers vivants et de traîner dans les quartiers « ouvriers » avec ses p’tites créations culturelles, alors qu’à deux pas crèvent ces « enfants du borinage ». Tandis qu’à Marcinelle est édifié un musée haut en couleurs pour parler du passé minier,avec toute une vitrine mémorielle officielle, vendable au p »tit tourisme, ce lieu où sont morts des dizaines et des dizaines de mineurs, et notamment une grande partie d’italiens lors de la fameuse « catastrophe » qui a fait du lieu un incontournable du guide touristique local (et si vidé de ses alentours). Dans le centre de Charleroi, un des monuments les mieux conservés et mis en valeur, c’est la Caserne des chasseurs à pied, soit ce bâtiment symbole de la répression ouvrière (et entré dans la légende, ensuite, des exploits militaires belges). Si vous y cherchez le cabaret Rimbaud ou le souvenir des ouvriers massacrés lors des révoltes de 1886, n’insistez pas ! Le premier lieu va être rasé dans le monopoly en cours à Charleroi rive basse, quant au cimetière de Roux (devenu quartier de Charleroi) une pauvre tombe en garde un modeste souvenir et une commémoration des plus discrètes et anecdotiques. N’oublions pas, à ce propos de mémoire des luttes, le tout récent documentaire sortie en France, L’honneur des gueules noires (ICI sur le blog), qui revient sur la grande grève de 1948.

Tout cela m’enflamme, et je perd le fil à propos de Dallo Zolfo al carbone. Mais ça peut aider à comprendre l’importance de l’initiative d’un tel documentaire. Il est d’ailleurs tourné avec les moyens du bord, soit une caméra mini-DV, et ça montre qu’avec de petits moyens on peut exprimer des choses importantes, et revenir sur des sujets évacués des grands salons cinématographiques. Ici Vullo relaie largement, d’après les extraits, la parole des immigrés italiens. Un retour historique semble aussi permettre la contextualisation et, surtout, l’origine des immigrés. C’est un procédé rarement utilisé je trouve dans le retour sur les immigrations. On ne prend en compte, souvent, que le passage en lui-même : jamais l’avant, jamais l’après. Soit une correspondance, d’une certaine manière, à la considération des Houillères (et des Compagnies des Mines) : tu n’es perçu que comme une main d’oeuvre, et rien d’autre, le temps d’une exploitation située dans le temps. Or Vullo revient donc sur la dimension, ici, sicilienne des témoins aux premiers extraits vus. Il est intéressant de savoir, d’ailleurs, que Luca Vullo a réalisé d’autres documentaires (toujours en caméra mini-DV) portant plus spécifiquement sur la culture sicilienne, d’après la filmographie de son site internet consultable ICI. En tout cas un aller-retour France-Italie fort important – décliné par Vullo sur plusieurs films (pas directement dans le présent documentaire, même s’il revient sur la culture sicilienne). C’est un procédé également mis au point dans un autre documentaire indépendant, soit Sur le Carreau, à propos des mineurs Marocains du Nord de la France. Je disais que le cinéma n’avait pas abordé l’immigration italienne dans les mines : il y a une exception, et elle est terrible. Soit Paul Meyer et le film qui lui fit perdre tout devenir dans la profession en terme de financements, Déjà s’envole la fleur maigre (1960). Un film qui témoigne de l’immigration italienne dans le Borinage, à la base commande d’Etat, et reniée et censurée par suite du travail accompli par Meyer. De quoi nous rappeler, dans ce domaine des commandes d’Etat se voulant valorisantes et patriotiques, un certain Afrique 50 de René Vautier dont la réalisation et le propos coup de poing ont écœuré ses commanditaires devant l’effroi de la vérité de la colonisation française, bien loin de ses élans « positifs » nauséabonds, encore si tristement présents dans nos belles années 2000 (tel le discours de Sarkozy à Dakar… à l’université Cheik Anta Diop !). Paul Meyer, en 1960, était censé répondre à une commande du ministère de l’Instruction publique sur l’assimilation réussie des enfants d’immigrés; Déjà s’envole la fleur maigre constitue en fait un brûlot politique, tout en développant un cinéma de poésie (et pas très éloigné du néoréalisme italien), où les réalités de l’immigration italienne sont clairement abordées. Or Paul Meyer, dans son ultime projet, pour lequel aucun financement n’a été obtenu (ou pas suffisamment, à la suite du retrait des producteurs !), intitulé La mémoire aux alouettes, il était également question de cet aller-retour. Un aspect qu’il considérait comme fondamental, et il déclinait donc un voyage en Italie à la rencontre de mineurs italiens. Il semblerait qu’il aurait abordé l’immigration italienne également venue dans les mines du Nord. Loin du folklore et des mémoires officielles, ce film s’attachait à une réflexion sur la  « fragilité de la mémoire et sur l’usage de la fragilité de la mémoire comme instrument du pouvoir« . A noter que Jean-Claude Riga en a tiré un documentaire, suivant Paul Meyer sur ce projet, intitulé Paul Meyer et la mémoire aux alouettes. Je propose de découvrir l’entretien filmé avec Paul Meyer en 2005, relayé/présenté ICI sur le blog.

Lors des accords franco-italien et belgo-italien de 1946, les Siciliens, ainsi que d’autres originaires de Campanie et Calabre, étaient recrutés de manière privilégiée, et le choix de focalisation de Luca Vullo n’est dont pas le fruit du hasard. Ces hommes italiens étaient notamment très prisés pour leurs petites tailles… plus adaptées aux veines étroites ! Souvent célibataires et d’origine rurale, les typologies de recrutement et surtout leurs procédés ne sont pas sans rappeler les recrutements de Felix Mora au Maroc. L’accueil des italiens, à 2000 lieux de la propagande de recrutement, fut une désillusion : logés dans des baraquements, et pas que de manière provisoire. Que ce soit en France ou en Belgique, ces camps de baraquements étaient partagés par de nombreuses « immigrations d’appoint » (jusqu’aux années 80 pour les mineurs Marocains !). Le documentaire, dans les extraits proposés, y revient avec grande force à travers les témoignages des anciens mineurs. De quoi aussi, peut-être, reléguer en seconde zone de la mémoire, le vocabulaire employé couramment par un centre-colosse de la région Nord-Pas-de-Calais comme Lewarde où le logement en baraquement est souvent dit « logements d’urgence et provisoires« . Des vocables qui enlèvent toutes les spécificités vécues hors travail par des immigrations, que ce soit en France ou en Belgique, et pas qu’au temps des Compagnies minières, bien au contraire ! Des conditions de vie et des aspects qui renvoient à des volets de l’histoire minière bien peu étudiés, surtout qu’elle déroge au mythe de « tous gueules noires », titre même d’une exposition organisée au centre minier Lewarde. Et ces traitements spécifiques des immigrations, avec des gardes dans les camps de baraquements ? C’était quoi, un service social ?  Dallo zolfo al carbone a ce grand mérite de revenir sur ces logements « provisoires » (souvent en tôle et demi-lune), presque 50 ans après Déjà s’envole la fleur maigre où des images témoignaient de ces baraquements, soit plus en une heure et demie que tout un cinéma français ! Une mémoire de l’immigration italienne qui ne s’inscrit pas dans le politiquement correct, issue de premiers concernés, retournés en Italie (pour combien d’autres immigrés repartis, toutes nationalités confondues ?). Une mémoire qui tend au déplacement géographique tant le passage est enseveli dans la poussière, ainsi ces italiens du  Nord Pas de Calais et membres de l’Italia Libera, expulsés dans les années 40 et 50 pour leur activité politique et de défense/acquisition des droits des immigrés, aux côtés parfois de leurs compagnons français. Et d’ailleurs, Rudy Damiani, informe de quelque chose d’assez sidérant dans ses publications : les italiens précurseurs de la vague d’immigration dans le Nord Pas de Calais d’après seconde guerre mondiale, c’étaient des prisonniers italiens de l’occupation allemande établis dans des camps duValenciennois; ces italiens, ils ont été libérés par Italia Libera… Par ceux-là mêmes que le gouvernement français expulsera en partie dans l’après guerre. 60 ans après, on retient quoi de cette histoire ? Sans vouloir la réduire à des mots d’ordre, à des carcans idéologique et de contrôle des mémoires, comment expliquer certains silences, certaines absences, quand la censure ne s’y oppose pas directement et que le buisness fait le reste ?

Voilà, je clos ici cette très longue contextualisation du documentaire de Luca Vullo. On trouve ICI le site internet du film (en français) avec quelques infos sur le film proprement dit et des extraits d’interviews etc.

L’emploi (Il posto) – Ermanno Olmi (1961)

Il posto (L’emploi) – Ermanno Olmi – 1961 – Italie – 93 mn – EN ENTIER et EXTRAITS 

Parmi les grands cinéastes italiens d’après néo-réalisme italien, Ermanno Olmi est un des grands oubliés, souvent « réduit » à son magnifique L’arbre aux sabots qui fut récompensé de la palme d’or au Festival de Cannes 1978. Pourtant ce cinéaste italien, qui affirme un certain héritage néoréaliste, a réalisé bien d’autres films, malheureusement peu diffusés, y compris dans les rétrospectives consacrées au cinéma transalpin. Soit un cinéaste qui reste dans l’ombre des Fellini, Antonioni, Scola, Risi et autres Visconti. C’est bien dommage tant il y a à découvrir dans sa filmographie de petits bijoux. Un manque qui a été corrigé par Carlotta qui a édité un coffret DVD réunissant L’emploi (1961), L’arbre aux sabots (1978) et Le temps s’est arrêté (1959) – coffret aisément trouvable (ou à faire commander illico presto) dans toute bonne médiathèque municipale. L’occasion, ainsi, de (re)découvrir cet excellent Il posto.

« Le jeune Domenico, 16 ans, rêve d’obtenir un emploi dans une grande société milanaise. Il fait une demande et on l’invite à passer un examen, des tests psychotechniques, qu’il réussit. Au milieu des autres candidats, le hasard le rapproche d’une jeune fille, Antonietta, dans la même situation que lui et avec laquelle il partage les premières heures passées dans ce nouvel univers : celui des employés de bureaux. »

Ci-dessous, le film EN ENTIER en VO sous titrée anglais, mais le lien ne risque pas de faire long feu sur la toile :

L’emploi décline trois thèmes principaux : chronique familiale (on pourrait songer par exemple, sans exagérer, à Rocco et ses frères de Visconti), accès à la condition salariée et sentiment amoureux dans une société déshumanisante. Un certain réalisme prévaut, et tel que le définit Gilles Deleuze, nous sommes dans « l’image temps » et non dans l’événementiel. Le cinéma d’Olmi est en effet étroitement lié au néoréalisme italien. Or le temps, ici, dégage une importance primordiale : il donne à sentir tout particulièrement la condition du travail salarié (en entreprise ici) et le poids qu’il constitue. Une occasion ici de renvoyer à Du temps pour être heureux de Frans Buyens et La comédie du travail de Luc Moullet, où le temps est traité d’une manière formelle en s’associant à des réflexions de fond, à la fois sur le travail et non travail, mais aussi plus métaphysiques.

La déshumanisation est un des leitmotiv du film, où les rapports entre personnes sont liés au travail – sans détachement possible – tandis que les bassesses liées au chacun pour soi dans la progression individuelle au sein de l’entreprise sont régulièrement signalées. Olmi développe beaucoup d’ironie dans Il posto. Ainsi l’ennui au travail, où les gestes d’une séquence au bureau, chacun à son poste, témoignent d’un temps pesant et emprunté de faits anodins pour remplir ce vide

Je pense aussi, par exemple, à cette « promotion » sociale qui se signifie par une avancée de bureau, à la mort d’un collègue. Soit une incroyable séquence, où la vie d’une personne se résume à un bureau – rien d’autre ne « définit » sa disparition, si ce n’est que sa place est désormais prise. La position dans la société se réduit à cette portion de bureau, si dérisoire. Et le temps qui défile, avec cette horloge si présente et la répartition des âges en fonction de la position géographique du bureau dans la pièce. Domenico est rempli d’illusions au départ du film quant à la condition salariale, et il souhaite réussir ses examens pour atteindre cette « émancipation », depuis son origine modeste, soit l’Italie d’en bas. L’ouverture du film précise aussi l’origine familial du jeune homme (banlieue, père ouvrier) et la « réussite » est revendiquée pour ne pas vivre dans la misère. Or la désillusion sanctionnera sa réussite, et son regard désabusé sur son monde et sur les personnes qui l’entourent, voyant ce qu’il est désormais et sera à l’avenir jusqu’à la retraite, est rempli d’horreur. La déshumanisation de L’emploi trouve quelques pendants dans d’autres films, tels Playtime de Jacques Tati ou La garçonnière de Billy Wilder où le traitement spatial du bureau, par exemple, conserve d’étroites parentés.

L’idée d’obstacles est permanente également. Le monde de l’entreprise tient en laisse  les sentiments, les socialisations… et il est impossible, semble-t-il, de construire socialement en indépendance. Ainsi ce sentiment amoureux de Domenico, barré par la position salariée d’Antonietta. Ce qui était de l’ordre du possible en période d’examen, avant d’atteindre le statut de quasi salarié (soit stagiaire) puis de salarié à part entière, est définitivement à enterrer. Une certaine rupture avec l’enfance / adolescence est aussi entérinée par le réalisme de la société du travail. Travail perçu comme nécessaire (notamment quand on sort d’un milieu modeste) mais aliénant jusqu’à la vie privée et ses possibles. La fête du Nouvel An, où Domenico est abandonné de son amour naissant, garde un air ironique des plus terribles :

La portée documentaire du film, en bon héritage du néoréalisme italien, tandis qu’Olmi fut à ses débuts documentariste, témoigne d’une mutation de la société italienne, ce fameux boom économique amorcé depuis les années 60 d’où émerge une société de consommation. Une norme se met en place, différente des valeurs morales de la tradition catholique des puissants. La norme de la « moyenne » se met en place, et Domenico, dans son parcours, se transforme progressivement, telle une séquence de changement vestimentaire, adapté à son nouveau rôle dans la société, qui n’a plus rien à voir avec son origine social. La pression du recrutement, par exemple, et ses requis lors des examens, est une fameuse indication de cette norme. Les quelques passages splendides avec Antonietta sont tout à fait savoureux : à la fois très sensibles, où se démarque toute une manifestation hésitante de l’attirance amoureuse, et funèbres car cette relation commence à peine qu’Olmi en préfigure la fin. Ainsi la ballade à deux, charmante, et cette soirée qui se conclue par un plan où Antonietta rejoint l’anonyme du transport collectif, Domenico ne pouvant plus que désormais la distinguer difficilement de son cadre.

L’acteur principal, non professionnel, est remarquable. Ses expressions de visage, par exemple, rendent palpable la découverte désabusée de tout un monde. Celui qui dort au début de film, tandis que son père part au travail, se retrouve bientôt dans une position où le rêve n’aura plus de place. Le traitement formel d’Olmi n’échappe pas non plus au réalisme, et comme pour le film de Buyens évoqué plus haut, l’approche du temps est signifiée dans la forme même du film, sans passer par des dialogues explicites là-dessus.

Un film très sombre d’Ermanno Olmi, ciblé sur une certaine évolution de la société italienne, et, comme souvent chez lui, où l’Italie d’en bas occupe une place importante. Un personnage principal qui dégage également des aspects plus sensibles et détachés d’une seule approche « documentaire ». Une sensibilité du cinéaste, régulière, qui contribue sans doute à ne pas succomber totalement au tableau désespérant de cette Italie, bien que la séquence finale soit d’une redoutable horreur. Reste à savoir si la particularité de Domenico, si difficilement « normalisé » – et dont une certaine maladresse, par exemple, laisse espérer une marge d’écart vis à vis de la norme imposée, y compris dans les relations interpersonnelles – échappera en partie à ce destin funèbre.

Prigionieri della guerra – Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi (1995)

EN ENTIER – 61 mn

Brève introduction 

Les cinéastes Gianikian et Lucchi ont cette particularité de réaliser des films à partir d’archives filmiques tombées dans l’oubli et qu’ils re-filment, notamment en apportant de nouvelles colorisations par exemple : Nous voyageons en cataloguant, nous cataloguons en voyageant à travers le cinéma que nous allons re-filmer.  Notre caméra analytique (1995)Leur démarche est souvent comparée à de l’archéologie, tant elle creuse dans les négatifs en voie de disparition, en retrouvant de vieux films qui ne sont pas projetables (qu’ils restaurent alors) et en y photographiant et retouchant chaque photogramme dont ils extraient un regard différent modelé par le re-filmage, correspondant à une réinterprétation. Ainsi, par exemple, ce qui les a mené à leur premier film ayant suscité un impact certain, au moins dans quelques festivals : Du pôle à l’Equateur (1986). Travail effectué à partir des archives restantes du documentariste Luca Comerio de l’Italie fasciste. Voici des extraits d’une (excellente) interview réalisée par A. de Baecque pour Libération et qui rend bien compte de leur démarche :  » Et c’est par hasard que nous avons déniché ce trésor, en 1982 : plusieurs dizaines de films signés Comerio, dans son ancien laboratoire, qui allaient partir à la décharge. Beaucoup ont été détruits, car ce sont des films au nitrate, très inflammables, dangereux, récupérés pendant la Seconde Guerre pour être transformés en bombes. Cette parentèle physique, explosive, entre la guerre et le cinéma nous a paru très parlante. Tout cela était en voie de décomposition. Nous l’avons sauvé, restauré, et vu.(…) Ces morceaux de films, souvent, célébraient la guerre, le fascisme, le culte de la race, le colonialisme. (…) Nous avons donc décidé de ne pas les projeter directement, mais de réaliser des films à partir de ces films : les re-filmer, enlever les intertitres pour retrouver l’objectivité de l’image, ôter le commentaire, et travailler sur une autre cadence, plus analytique, ralentissant souvent, accélérant parfois, le défilement originel. Rendre visible la dégradation de la pellicule, cette image abîmée, ce cinéma en train d’être perdu. Pour nous, c’est une manière d’expliciter la violence rentrée de ce matériau. C’est ce que nous nommons notre «machine analytique». « 

Du pôle à l’Equateur, qui revisite le colonialisme, est accessible ICI en permanence sur l’excellent site Ubuweb (que je recommande donc vivement au passage, notamment pour les films accessibles en intégralité), avec un petit résumé sous le lien video.

L’aspect « archéologique » de la démarche est explicité dans la même interview : « Le passé pour nous n’existe pas. Nous sommes toujours au présent, et ces images aussi. L’histoire n’est qu’une répétition, ainsi que le disait Vico : «Les guerres reviennent, le colonialisme se poursuit.» Quand nous faisons nos films, nous ne percevons pas ces répétitions. En revanche, une fois achevés, nous prenons conscience de l’histoire. Nous avons une perception de notre travail dans le temps même où l’histoire se fait. C’est pour cela que nous ne sommes pas des historiens, mais des témoins. Ou des archéologues : nous mettons à nu des couches d’histoire. Mais il est primordial que ces archives donnent la sensation du présent qu’elles recèlent. »

Leurs films ne sont malheureusement pas diffusés en salle de cinéma à part quelques festivals, et ne connaissent quasiment pas de diffusion télé. Les projections se font davantage dans le cadre d’expositions ou lors de rétrospectives (telle celle au Jeu de Paume en 2006). Sur internet, la diffusion de leurs films reste rare et les liens video ont tendance à disparaître rapidement quand ils existent. Je me « risque » cependant à poster ci-dessous le lien YT de Prigionieri della guerra (Prisonniers de la guerre), en espérant qu’il ne disparaisse pas trop rapidement. Ce film est le premier opus d’une trilogie consacrée à la guerre 14-18, constituée également de Sur les cimes tout est calme (1998) – combats sur les montagnes italiennes (Alpes) et autrichiennes -et de Oh Uomo (2004) – victimes civiles et militaires au sortir de la guerre. 

 

Prigionieri della guerra – Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi – 1995 – Italie

Prisonniers de la guerre est constitué principalement d’archives filmiques des empires tsariste et austro-hongrois, de nature propagandiste. Dans une (encore excellente) interview donnée en Italie, pour le présent film, Yervant Gianikian évoque une « relecture, un décodage de l’histoire« , tandis qu’Angela Ricci Luchi précise « [qu’] aujourd’hui aussi, avec les guerres contemporaines, tout continue à se répéter de manière inexorable, de la même façon, avec les mêmes dynamiques ».  Bien que les lieux filmés soient signalés par des intertitres, les éléments contextuels sont sommaires (de manière volontaire sans doute). Toute l’attention est portée sur les images, au-delà de nos grilles historiques apprises dans les bouquins. Un usage d’archives qui casse l’emploi régulièrement réservé à celles-ci, souvent réduites à de l’illustration de commentaires et/ou propos historiques (avec dérives manipulatrices possibles). C’est bien d’un nouveau regard dont il est question ici, en contact avec des films sortis des poussières et dont il surgit autre chose que le « code » initial, lié à la propagande.

Quant à l’accompagnement musical, nullement décoratif et hasardeux, il est composé et interprété par Giovanna Marini à laquelle un documentaire a été consacré et relayé ICI sur le blog. Au départ, ce sont des lettres de captivité qui ont inspiré Prigioneri della guerra et le duo cinéaste a sollicité Marini pour les interpréter. Après un premier jet catastrophique de l’aveu même de la chanteuse-musicienne, elle se décida à composer un « chant de douleur. » Une bande image et une bande sonore qui travaillent ensemble.

Blue movie – Alberto Cavallone (1978)

Italie – EN ENTIER – VO sous titrée anglais – 80 mn

Alberto Cavallone est une figure importante du cinéma bis italien des années 70, ayant réalisé peu de films ( moins d’une dizaine) mais aux parti pris extrêmes et violents vis à vis de la société occidentale : colonialisme (il fréquenta Frantz Fanon à l’université et son film Le salamandre semble être sans aucune concession, réalisé en 1969 en Tunisie, son premier film !), consommation, culture, sexualité… Cavallone emploie des formes proches du surréalisme parfois, et n’hésite pas à sortir des sentiers battus. Il finit sa carrière avec du porno, par nécessité et sous un pseudo, tandis que son dernier projet Internet story est inabouti, décédant avant sa réalisation. Une page lui est consacrée sur un site internet spécialisé quant au bis/extrême italien : c’est ici sur Maniaco-deprebis (accepter l’entrée au préalable pour public averti).

Les films de Cavallone sont peu édités en VHS-DVD, et surtout pas en France ! Il semblerait que Blue movie soit l’un des rares édités, avec sous titres anglais. Réalisé en 1978, il n’est pas sans rappeler Sweet movie de Dusan Makavejev (ICI sur le blog), ou encore le Salo (1975)  de Pasolini. Il eut un bon succès en salles à sa sortie manifestement, mais il a subi depuis des coupes. Plusieurs versions en auraient découlé, avec absence et réduction de scènes sexuelles (pornos). Ca enlèverait beaucoup au film, d’autant plus que l’usage du porno chez Cavallone ne répond pas à un usage banal et à visée commerciale; au contraire il détestait le film érotique/sexy en vogue contre lequel Blue movie répond en partie, et en voyait toute la récupération commerciale de la société de consommation. A signaler que ce film était apparemment celui dont était le plus fier Cavallone, bien que réalisé avec très peu de moyens. 

Une jeune femme, Silvia, fuit des violeurs et se fait prendre en voiture par un photographe, Claudio, qui l’emmène chez lui. Il a une modèle qui lui obéit dans son appartement, Daniela, devenant peu à peu un véritable objet – l’actrice est Dirce Funari, alors ayant peu tourné et future actrice fétiche de Joe D’Amato; elle  fut marquée par le tournage qu’elle détesta…  Une troisième femme, Leda, sans abri, se retrouve chez Claudio. Silvia développe des hallucinations/fantasmes sexuels. Les trois femmes sont isolées avec Claudio dans l’appartement, et seul un black homo s’y rend de temps à autre. 

Le film me fait penser à Bunuel, tel Belle de jour par exemple pour ce qui concerne les scènes ambiguës au regard de la réalité (rêve ? fantasme ? cauchemar ? réel ?). Le registre des images est flou. Peu à peu le film s’enfonce aussi dans l’enfer et j’en comprend mieux les rapprochements faits avec le dernier film de Pasolini. Une vraie curiosité à voir, dont la version ici présente n’est pas non plus hyper choquante visuellement (y a t il eu beaucoup de coupes ?). Le malaise est davantage produit par les notions floues de réalité, de l’enfermement des différents personnages, d’une réification des corps. Le montage glisse également des inserts déconcertants  (images des camps de concentration etc), qui en disent long sur le point de vue de Cavallone sur la société moderne (Makavejev utilise un procédé similaire dans Sweet movie), tandis que le début du film associe prise d’images et balles de guerre ! Il y a également des notes d’humour (le cercle de production/consommation est sérieusement ironisé dans l’ultime partie concernant la merde et la clope). Le film s’achève comme un cauchemar sans que le degré de réalité soit définissable : l’enfer est là, mais surtout dans le registre mental. Les frontières sont brouillées, et c’est sans aucun doute volontaire. Cavallone s’est beaucoup revendiqué de Sade et Bataille pour ce film…

La séquence de la fleur de papier – Pier Paolo Pasolini (1969)

EN ENTIER – 10 mn

Troisième segment du film à épisodes La contestation (1969) de Marco Bellochio, Bernardo Bertolluci, Jean-Luc Godard, Carlo Lizzani et Pier Paolo Pasolini.

Une belle journée de mars. Le jeune Riccetto marche le long de la Via Nazionale à Rome, le pas insouciant et léger. Il ne remarque pas les images de guerre qui dévorent l’écran, il n’écoute pas les voix insistantes qui s’adressent à lui…

Toto qui vécut deux fois – Daniele Cipri et Francesco Maresco (1998) + court métrage et Cinico TV

EN ENTIER – VOSTF (il suffit de cliquer sur « cc » de la vidéo pour le choix des sous titres) – 90 mn

Censuré en Italie un certain temps et la diffusé tardivement en France (distribué par E.D distribution au final), il est sur you tube également, bonne nouvelle ! Un film, comme il est souvent dit, beau et dégueulasse. Et drôle. Pour ma part, une de mes scènes favorites reste la cène, du troisième tableau du film… 

 

La très bonne présentation de Paper blog : 

« Outre de nombreux courts-métrages et documentaires, Daniele Cipri et Francesco Maresco ont réalisé trois longs-métrages de fiction : L’Oncle de Brooklyn (1995), Toto qui vécut deux fois (1998) et Le Retour de Cagliostro en 2003, dans lequel Robert Englund tient le rôle titre.
Inclassables, provocateurs, enfants terribles du cinéma italien, ils sont considérés comme les cinéastes parmi les plus originaux de leur pays. Ils se déclarent « fermement révoltés contre la médiocrité du cinéma italien contemporain, ses comédies hypocrites et narcissiques au flot ininterrompu de paroles, et surtout ses films politiques qui se veulent dénonciateurs de l’injustice. » 
Les deux réalisateurs, « qui rejettent les paresses narratives, ne sont pas préoccupés par l’écriture d’un scénario bien construit et porteur de sens », préfèrent privilégier l’improvisation, les longs plans fixes, les silences, le noir et blanc, les dialectes, les paradoxes et provocations.

Totò qui vécut deux fois a été montré en sélection officielle à Berlin en 1998, puis interdit en Italie avant même sa sortie, notamment en raison de son caractère blasphématoire : « Ce film est une attaque contre le sacré, contre l’homme. Rien ne peut être coupé. Il s’agit d’un non message, inutile et pervers, totalement négatif » a déclaré l’un des censeurs.
Le duo de réalisateurs répliqua : « Notre film est un film religieux avec un sens du sacré tout autre que le blasphème. Certes, notre messie est dePalerme, il n’a rien de traditionnel ». 
Leonardo Ancona, psychologue et président de la commission de censure, ajouta que le film était « une offense contre le peuple italien et contre l’humanité toute entière », et que les réalisateurs étaient « deux psychopathes qui haïssent le monde ». 
Traînés en justice, Daniele Cipri et Francesco Maresco reçurent le soutien de nombreux cinéastes : Bernardo Bertolucci, Marco Bellocchio, Mario Monicelli ou encore Mario Martone. Cette affaire se retourna finalement contre les détracteurs du film : face au tollé générale que provoqua l’interdiction pure et simple du film, la censure cinématographique fut abolie.
Totò qui vécut deux fois sortira en salle six mois plus tard, mais frappé d’une interdiction au moins de 18 ans. Dans un dernier sursaut vindicatif, des bataillons de catholiques fanatiques se plantèrent alors devant les cinémas, empêchant les spectateurs de voir le film. Au total, le procès intenté contre le producteur, aux réalisateurs et au co-scénariste, qui furent accusés d’outrage et de tentative de fraude contre l’état, dura deux ans. Durant ce laps de temps, ces derniers furent privés de toute subvention pour leurs projets en cours et à venir.

La parole à Daniele Cipri et Francesco Maresco : « L’emploi exclusif du noir et blanc est dû à notre commune passion pour le cinéma classique, américain en particulier, et au fait que nous n’aimions pas la couleur vidéo. Le noir et blanc deviendra une constante, parce qu’en travaillant àPalerme, avec ces personnages, ces hommes, il était très facile de tomber dans la vulgarité ou dans la platitude la plus absolue. Le problème (mais ça, on peut le dire maintenant, a posteriori) était de partir du réalisme pour le transcender et lui conférer une dimension abstraite, un peu métaphysique, absurde. Le noir et blanc permet de manière admirable de saisir cette dimension-là… En plus de toute une série d’autres éléments : la manière de montrer les choses, le découpage, le plan, les acteurs… Mais c’est vrai que le noir et blanc donne une touche particulière. Il y a des corps qui sont là, évidents, ce sont des corps qu’on pourrait mettre nus dans n’importe quel documentaire, dans n’importe quel journal télévisé. Mais de cette manière, avec cette conscience, ce regard, les personnages dépassent leur propre matérialité, ils deviennent énormes, épiques. » 
Il faut également souligner que c’est aussi un hommage à Pier Paolo Pasolini et son travail effectué sur l’un de ses chefs d’oeuvres :L’Evangile selon Saint Matthieu. »

 

UNE INTERVIEW plus complète et INTERESSANTE ICI SUR ED DISTRIBUTION !

 

Ci-dessous, extrait (7 mn) d’un court métrage (20 mn) réalisé pour l’anniversaire des 25 ans de la mort de Pier Paolo Pasolini. Arruso : Pasolini (arruso est un terme de dialecte, désignant l’homosexuel). En VO sans sous titres, j’espère que vous vous en tirerez aussi bien que moi, car je me retrouve mieux dans l’italien parfois que dans l’anglais :

 

Et pour finir, voilà ci-dessous  Incertamente ! Cinico TV 91 96 – Les deux cinéastes travaillaient pour la télévision avant de passer à la réalisation de films. Ils ont réalisé aussi des émissions de jazz (certaines trouvables sur le net). Ici une synthèse des 6 ans de Cinico TV, sortie en 1997 (dont je n’ai vu…qu’une partie à ce jour) :