Les déracinés – Lamine Merbah (1976)

Lamine Merbah – Les déracinés – 1976 – Algérie

En 1880, dans l’Ouarsenis, des paysans sont dépossédés de leurs terres au profit des colons

 

Sous-titré « Beni Hindel » du nom d’une tribu et d’un douar effectivement établi au 19ème siècle dans le massif de l’Ouarsenis, ce deuxième long métrage de Lamine Merbah s’est appuyé sur les travaux de Sari Djilali et plus particulièrement sur son étude La dépossession des Fellahs 1830-1962 (1975). Crédité co-scénariste du film, ce géographe de formation a beaucoup travaillé sur le processus de colonisation à l’oeuvre dans la région montagneuse de l’Ouarsenis.

Ainsi cette réalisation de Merbah se focalise sur la paysannerie algérienne dépossédée, morcelée et exploitée par le colonialisme. C’est par son aspect documenté que Les déracinés brille particulièrement, lui donnant toute sa force. Relevons, entre autres :

    • la colonisation par le foncier. Le cantonnement, le sénatus-consulte voté en 1863 (constitution des douars délimitant le territoire des tribus), la loi Warnier du 26 juillet 1873 (application de la propriété individuelle sur les terres des tribus officialisant notamment la licitation et l’expropriation de terres ancestrales en faveur des particuliers européens) sont autant de mesures ayant permis la conquête des terres par « voie légale ». Le film aborde en particulier une facette de cette conquête coloniale par la stratégie foncière : la licitation comme recours d’enrichissement des colons (soit « la vente d’un bien indivis obtenue par l’un ou plusieurs des ayants droits souhaitant sortir de l’indivision » Jennifer Sessions). D’ailleurs ce type de dépossession fut une des sources de la fameuse révolte qui eut lieu en 1901 à Margueritte/Aïn Torki dans le massif du Dahra, prenant notamment pour cible un colon européen qui s’était enrichi en terres grâce à la licitation et dont la ferme et les occupants colons furent attaqués. Finalement réprimée par l’armée, la révolte fut suivie d’un procès d’une centaine de personnes de la tribu Rhiga (sur cette révolte et le processus de la licitation, se rapporter à l’article de Jennifer Sessions intitulé « Débattre de la licitation comme stratégie d’acquisition des terres à la fin du 19ème siècle » et accessible à la lecture ICI)
    • Le caïd (et autres notables autochtones) apparaissant comme collaborateur et complice de la colonisation. Responsable du douar, le caïd était l’intermédiaire entre l’administrateur colonial et la tribu. Son rôle de policier est par exemple souligné dans le film à travers les incendies de forêt et son application d’amendes. Plusieurs sources historiques, notamment les traces des enquêtes ayant abouti  aux applications du sénatus-consulte, démontrent combien le caïd pouvait aussi être gagnant en terres à travers sa collaboration.
    • La spoliation des terres entraîne une misère grandissante au sein des tribus, une des causes de la mortalité infantile.
    • La nécessité pour les algériens de se faire exploités dans les fermes coloniales, ou de partir à la ville pour trouver un emploi permettant de se nourrir
    • Le morcellement et la dislocation des tribus, l’installation en agglomérations urbaines. C’est ainsi que le personnage de Bouziane, déjà installé en ville, dit à Aïssa : « Jusqu’à quand resterez-vous ensemble ? Chacun doit se débrouiller. On n’est plus sur la terre qu’on cultivait ensemble« .

Parmi le casting du film, à souligner la présence de l’actrice Keltoum/Aïcha Adjouri qui a tant marqué les esprits par son interprétation dans Le vent des Aurès (1966) de Lakhdar-Hamina. Ici elle est dans un rôle moins important  mais interprète un moment particulièrement puissant du film qui suggère aussi le processus d’effacement :

Les déracinés a été restauré et fut même diffusé en 2018 au ciné-club du Centre National du Cinema Algérien (CNCA), tel en témoigne un article ICI. L’impact auprès du public dénote combien il s’agit là, assurément, d’un des plus grands films du cinéma algérien sur la période coloniale.

Affiche du film

Le titre du film peut également faire penser au livre de Bourdieu et Sayad Le déracinement (1964). Ce livre étudie les « centres de regroupement » (des camps clôturés) qui se sont généralisés à partir de la fin des années 50 en parallèle aux zones interdites, soit un déplacement de masse de la population rurale algérienne encore davantage coupée de ses terres ancestrales (et de son bétail), clôturée dans des espaces surveillés militairement et finalement habillés d’une politique humanitaire et sociale.

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Esthétique et politique – Festival Résistances 2018

A la suite des quatre autres parties publiées sur le blog, en guise de conclusion du suivi du festival Résistances 2018 voici une ultime video qui se déroule comme un « pot pourri » de réflexions exprimées d’une part sur l’articulation esthétique et politique, d’autre part sur des parti-pris formels tranchant par exemple avec l’approche journalistique dans le cadre du documentaire.

Au niveau du documentaire, s’il est généralement présenté comme une approche plus approfondie et réflexive que la démarche journalistique plus proche de la communication, il n’échappe pas non plus à un certain formatage, parfois au détriment du fond socio-politique. A cet égard les propos de Françoise Davisse sur le formatage documentaire appliqué à Arte, présents dans la video ci-dessus, sont très symptomatiques : l’histoire individuelle du sempiternel « personnage » prendrait le pas sur l’histoire collective.A titre d’autre témoignage sur un certain formatage documentaire, je renvoie au texte « La mode du documentaire de création » qui fut relayé et traduit ICI sur le blog. Ecrit par le cinéaste argentin Ernesto Ardito, ce texte pertinent pointe aussi du doigt combien l’argument esthétique peut à la fois snober l’expression d’un cinéma plus engagé (parfois enfermé dans l’étiquette « cinéma militant ») et servir d’alibi à une confrontation au réel. Sous prétexte d’art, le documentaire ne se construirait plus par rapport au réel et tomberait dans la forme pour la forme en quelque sorte (tout en gagnant la « noblesse » de l’étiquette « artistique »). C’est pourquou je relaie donc ci-dessous un terrible court-métrage réalisé par René Vautier (en fait, un segment de La folle de Toujane). Je trouve que c’est un des films les plus puissants sur la lâcheté d’un certain cinéma qui se cache derrière la forme et les intentions, derrière la position « artiste » et l’Art. Alors que le scénario a précédé de quelques années le crime d’Etat d’octobre 1961 (!), le court métrage est un tableau particulièrement acide du postulat artistique qui prend le pas sur l’engagement du cinéma et de l’artiste vis à vis du réel.  Il est vrai que par rapport au contexte de la révolution algérienne, le cinéma en France et notamment la Nouvelle Vague ont été assez silencieux (il y avait certes de la censure mais aussi de l’autocensure) et établissaient au mieux (ou presque) quelques allusions et le plus souvent à travers la figure de l’appelé tel dans Adieu Philippines de Jacques Rozier ou Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda . Il y tout de même quelques exceptions qui ont abordé de front la guerre d’Algérie et/ou le colonialisme : la filmographie de René Vautier, Les statues meurent aussi d’Alain Resnais et Chris Marker, J’ai huit ans de Yann Le Masson ou encore l’incontournable Octobre à Paris de Jacques Panijel. Au-delà du contexte de sa conception, Le remords demeure un témoignage pertinent de ce qu’implique un cinéma engagé qui ne se réfugie pas lâchement dans le postulat de la forme pour mieux fuir le réel.

René Vautier – Le remords (1974)

« Le RemordS de René VAUTIER.Ce film fait partie intégrante d’un autre film « La folle de Toujane », sauf que René VAUTIER en avait écrit le scénario dès 1956. Miroir de l’attitude de nombreux cinéastes français qui s’autocensurent dans les années 60 et 70, Le RemordS montre comment un réalisateur justifie le choix de se taire sur les problèmes des immigrés algériens. René VAUTIER joue lui-même le rôle ingrat du réalisateur parce qu’il ne trouve pas d’acteur qui accepte de le jouer » (Synopsis You Tube)

Couserans Palestine – Festival Résistances 2018

Festival Résistances – 4ème partie

J’ai relayé sur le blog une série de videos retraçant trois thématiques de la 22ème édition de ce festival de cinéma qui se déroule chaque année en Ariège : « Paysanneries, champs de lutte » (ICI), « La victoire des nantis » (ICI) et « Fous à délier » (ICI).

Cette fois-ci il est question de la présence de l’association militante Couserans Palestine dont un stand occupe l’espace du festival, parmi d’autres organisations ou collectifs militants et culturels. Outre une brève présentation de Couserans Palestine à travers la projection-débat du documentaire Gens de Gaza en salle off, la video ci-dessous expose aussi la grosse déception liée à cette édition Résistances 2018 : à savoir la non-sélection par les comités de programmation du documentaire Derrière les fronts d’Alexandra Dols. Or, depuis sa sortie fin 2017 ce film a suscité un impact important en France via un réseau de diffusion à la marge du gros circuit commercial et son sujet recoupe deux thèmes de l’édition 2018 du festival : « La mécanique sexiste » et surtout « Fous à délier ». Par ailleurs le festival Résistances et l’association Regard nomade dénotent une grande importance à la place des femmes que ce soit au niveau de l’organisation ou des invités (nombreuses réalisatrices conviées chaque année) et à cet égard il est paradoxal que la réalisatrice Alexandra Dols n’ait pas été retenue, elle qui a aussi réalisé Moudjahidate en 2007, un documentaire sur des engagements d’algériennes dans la lutte d’indépendance, et dont la rencontre avec le public aurait pu être fort intéressante (mêlant pourquoi pas un café-ciné ?!). Sa démarche est-elle trop dérangeante ?

« Je suis encore plus agacée en tant que féministe anti-impérialiste quand dans sa programmation, le festival n’hésite pas à s’attaquer au patriarcat arabo-musulman – sans que cette critique soit capable d’être couplée à celles des impérialismes et colonialismes. »

Alexandra Dols dans un courrier envoyé à Couserans-Palestine

Couserans Palestine évoque donc cette non-sélection ainsi que l’absence de « Focus Palestine » depuis la création du festival (sachant que la programmation inclut chaque année un focus sur un pays, soit la Géorgie en 2018). La réalisatrice Alexandra Dols est également revenue sur cette non sélection à travers un mail envoyé à l’association Couserans Palestine, notifiant aussi son refus d’une projection cantonnée à la salle off à la marge de la programmation officielle (un extrait de ce courrier informatique est inclus dans la video). Je n’ai toujours pas pu découvrir Derrière les fronts mais je guette une éventuelle diffusion organisée par Couserans-Palestine avec la présence de la réalisatrice.

Couserans Palestine au festival Résistances

Chaque année on peut imaginer que des débats ont lieu au sein des comités de programmation de Résistances qui à priori sont ouverts à toutes et tous. Aussi une dernière video consacrée à cette édition de Résistances relaiera quelques réflexions portant sur l’articulation esthétique/fond socio-politique ainsi que quelques nuances formelles entre journalisme-reportage et documentaire. On peut penser que la manière d’aborder ces facettes du cinéma interviennent sans doute dans le choix de certains films. Cette quatrième et dernière partie sera prochainement publiée sur le blog.

Fous à délier – Festival Résistances 2018

Festival Résistances – 3ème partie

Après les thèmes « Paysanneries, champs de lutte » (ICI sur le blog) et « La victoire des nantis » (ICI), place à un troisième focus video sur la 22ème édition du festival Résistances qui se déroule chaque année à Foix en Ariège. Cette fois-ci je me suis contenté d’une seule video où sont croisés des extraits de films, de projections-rencontres et d’une conférence pas pressée, l’idée ayant été de donner un aperçu des débats en écho aux films non seulement pour leur contenu mais aussi pour certaines formes adoptées. Je pense notamment à la réalisation collective Nous, les intranquilles du groupe cinéma du centre Antonin Artaud (Reims) puisque la démarche de création fait écho à la démocratie et à l’horizontalité souvent évoquées dans les débats. Je précise que je n’ai pas participé au déroulement du festival Résistances et que ma caméra s’est contentée d’enregistrer une partie de l’événement. Apportant de l’importance à la diffusion et aux traces des rencontres-échanges (contextualisation des films, présentation de démarches filmiques, réflexions thématiques en lien avec les films etc), j’ai souhaité en mémoriser une partie en video.

FOUS A DÉLIER

Pour approfondir la création filmique qui se fait collectivement avec des « usagers » de la psychiatrie, j’encourage à visionner le documentaire Plusieurs fois la commune car bien que non projeté à Résistances (j’en avais découvert une version aux Etats Généraux de Lussas 2012) il témoigne aussi d’une fabrication collective menée, entre autres, par des patients. J’invite également à lire ICI l’interview avec deux co-auteurs du film où j’ai trouvé particulièrement intéressant que le processus de création cinématographique ne soit pas réduit à un procédé thérapeutique, établissant par là une dimension d’égalité dans la fabrication de films que l’on soit « usager » de l’institution psychiatrique ou non, ne limitant pas le sujet au seul domaine médical et touchant à l’engagement politique. Soit sortir d’une forme de ségrégation qui contamine aussi la culture et le cinéma.

Plusieurs fois la commune, film collectif

(cliquer sur la video pour accéder au visionnage sur Vimeo)

« C’est un film d’atelier bien sûr, mais n’importe quelle personne qui fait un film a un atelier de fabrication. Je n’aime pas les catégorisations. Il y a un océan péjoratif derrière la catégorie « films d’ateliers ». Ce qu’on entend en général, c’est l’idée d’un groupe de personnes qui se réunit, pas forcément à des fins cinématographiques mais curatives, pédagogiques, généralement des fins de flicage social, et que là-dessus, un auteur vient avec son supplément d’âme donner la parole à des gueux. En revanche je n’ai aucun mal à assumer un film qui dit que son objet est de s’interroger en permanence, avec sa naïveté et sa lourdeur. »

Julien Chollat-Namy (interview publiée sur Critikat)

La victoire des nantis – Festival Résistances 2018

Festival Résistances 2018, 2ème partie

Place au deuxième corpus de mon suivi video de la 22ème édition du festival Résistances qui se tient chaque année à Foix en Ariège. Pour une présentation succincte dudit festival je renvoie à l’article publié ICI sur le blog (incluant aussi quatre videos dans le cadre de la thématique « Paysanneries, champs de lutte »). Cette fois-ci il est question de « la victoire des nantis » qui se déroula donc sur deux jours avec films, débats etc. Je n’ai pas été assidu sur les projections, notamment parce que la chaleur étouffante m’éloigna des salles (par exemple un film long de 3h comme L’usine de rien nécessitait une grande motivation). En revanche j’ai suivi avec attention les échanges lors des Café-ciné (RDV matinal quotidien avec un ou une invité du festival), d’où trois videos ci-dessous qui font focus sur les parcours de Nicolas Wadimoff, Bernard Mulliez et Françoise Davisse.

1) Panorama « La victoire des nantis »

Présentation de la thématique à travers quelques extraits de films projetés au festival, de deux conférences « pas pressées » et du « tribunal populaire » écrit et interprété par des militants du collectif Front Social 09. La video se termine par un petit focus sur le documentaire Comme des lions de Françoise Davisse (documentaire tourné vers 2014 sur la lutte ouvrière de PSA Aulnay).

 

2) Nicolas Wadimoff, des débuts à Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté

Je ne connaissais pas ce cinéaste suisse et un Café-ciné fut l’occasion d’assister à une introduction intéressante à sa filmographie et à sa démarche dans le cinéma (il est également producteur indépendant). La projection au festival de Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté (2017) suscita une foule trop grande pour la salle au point de devoir être diffusé à deux reprises dans la même journée. Egalement présent à Foix pour échanger avec la salle après la première projection du documentaire et pour une conférence-débat, l’intellectuel engagé Jean Ziegler était en quelque sorte l’invité phare de cette édition. Ci-dessous, c’est le réalisateur qui occupe le devant de la scène et il évoque notamment la genèse du documentaire et les difficultés rencontrées durant le tournage.

 

3) Bernard Mulliez, parcours filmique

Là encore c’était une découverte intéressante due à un Café-ciné et je regrettai plus tard de n’avoir pu assister à la projection-rencontre de La force des choses (2018). C’est un documentaire-portrait du réalisateur sur son père François Mulliez, un des nombreux cousins de la famille Mulliez (Gérard Mulliez fondateur d’Auchan), non créateur d’entreprise mais récoltant les fruits de la grande distribution. Lors de ce ciné-café Bernard Mulliez revient sur sa démarche artistique mêlant sculpture, performances filmées et documentaires. Parmi ses thèmes il y a notamment la gentrification et l’instrumentalisation de l’art, les relations entre l’art et le grand capital. Là-dessus j’encourage vivment à regarder Un pied dans le jardin de miel et Art security service (la 2ème partie surtout) qui sont accessibles en intégralité ICI sur sa chaîne vimeo. Sa filmographie témoigne d’une critique du capitalisme voire de l’ancrage du colonialisme et semble globalement circonscrite à un réseau de diffusion militant. C’est paradoxal au vu de son nom mais ci-dessous il témoigne avoir réfléchi sur la place depuis laquelle il créé tout en affirmant un point de vue.

Complément video hors festival : sur les rapports art et grand capital et gentrification associée, je recommande le visionnage d’une émission de Hors Série où le critique d’art Tristan Trémeau décortique en particulier ces relations art-privé dans le cadre de rénovations urbaines. intitulée « L’artiste comme agent double ». cette émission est visible ICI à condition de s’abonner à Hors série (3 euros par mois et franchement c’est un bon investissement au regard de la richesse des entretiens filmés proposés par ce média, abordant multiples thèmes et parfois de manière transversale à travers différents intervenants et approches). Ici le contenu fait écho à un pan de la filmographie de Bernard Mulliez et pointe quelques exemples concrets non pas en Belgique mais cette fois-ci du côté de Lille (Tri postal, Saint Sauveur… à partir de la 50′ de l’émission) ou encore en région parisienne (vers la 30′ de l’émission).

 

4) Françoise Davisse, du journalisme au documentaire

Formée d’abord dans le journalisme, ayant notamment travaillé quelques temps à France 2 (non sans déprime), Françoise Davisse est surtout connue pour son documentaire Comme des lions, sorti au cinéma en 2016. Ici, à partir de son vécu journalistique, elle témoigne d’une vision intéressante des médias (formatage, idéologie etc) et de son basculement vers le documentaire (sans renier les reportages télévisuels qui du moins à une époque passée pouvaient être de qualité tout en atteignant le grand public). Née en Seine-Saint-Denis, ci-dessous elle partage également des affinités naturelles avec la banlieue.

Paysanneries, champs de lutte – Festival Résistances 2018

FESTIVAL RÉSISTANCES 2018, 1ère partie

C’est à Foix en Ariège que le festival de cinéma Résistances se déroule chaque été depuis un peu plus de 20 ans, impliquant aussi des séances « hors les murs » dans des villes et villages ariégeois. Lors de l’édition 2013, c’était à la fois comme bénévole et spectateur que j’avais découvert une première fois ce festival et pour mémoire je renvoie à l’article publié ICI sur le blog. Pour cette 22ème édition qui s’est déroulée du 6 au 14 juillet 2018 je me suis contenté d’être spectateur et j’ai pu découvrir pas mal de films, pour la plupart des documentaires. Les principes de la programmation n’ont pas changé : quatre thématiques abordées en films et débats, un focus sur un pays (la Géorgie cette année), des séances jeune public et plein air (une projection chaque soir dans le vieux Foix à côté de l’église St Volusien) ainsi que des cartes blanches (ACID, CGT, Ateliers Varan…). Alors que des café-ciné et des conférences « pas pressées » en compagnie d’invités se déroulent sur place, l’espace du festival s’anime également de stands militants et culturels, d’un accueil éducatif pour les enfants (permettant aux parents d’assister à la programmation), d’ateliers de création (tel un « kinodok » franco-géorgien en 2018), d’apéro-concerts sans oublier divers points de restauration (non seulement la cantine du festival mais aussi quelques stands culinaires). Bref, si ce festival n’a pas le poids et les finances d’événements bien plus dotés et renommés, en revanche il se distingue par une atmosphère globalement conviviale et à la bonne franquette tandis que les tarifs des films restent abordables pour des précaires.

Un mot sur la programmation des films. Cela fut déjà précisé dans l’article consacré à l’édition 2013 mais je rappelle que le choix des thématiques et des films se fait de manière relativement horizontale parmi les membres de l’association Regard nomade qui porte le festival. Bien sûr cela n’empêche sans doute pas que des influences s’exercent de manière plus décisive que d’autres aspirations dans le choix final des films mais globalement la manière de faire favorise à priori la participation de différentes sensibilités, quelque soit le « statut » des personnes… et leur sexe. Car l’autre fait marquant de l’organisation de Résistances est la place importante qu’occupent les femmes dans ce festival (et l’association Regard nomade), non seulement en nombre mais aussi en postes occupés puisque deux sont salariées il me semble. Enfin, en terme de diversité du bénévolat et du public, il est à noter que la dynamique d’accessibilité en faveur des personnes sourdes et malentendantes est toujours à l’oeuvre (traductions en simultané lors des échanges en salle, films globalement sous-titrés pour sourds et malentendants, quelques possibilités d’initiation au langage des signes etc).

SUIVI VIDEO DU FESTIVAL

En 2018, dans le cadre du présent blog,  j’ai initié des videos témoignant d’échanges et de rencontres autour du cinéma. Ainsi lors du Ciné-Palestine de Toulouse 2018 où j’avais gardé trace de la venue de Khadijeh Habashneh qui avait fait un exposé sur l’histoire du premier cinéma palestinien et une présentation du projet institutionnel d’archivage des films palestiniens (article et videos ICI sur le blog). Quelques semaines plus tôt, à Foix j’avais également filmé les échanges entre la salle et Stéphanie Gillard autour de son documentaire The ride qui traite de la mémoire et la résistance sioux aux USA (article et video ICI sur le blog). Cette fois-ci je propose donc une série de videos qui gardent quelques traces de la 22ème édition du festival Résistances. Ayant notamment apprécié les échanges des Café-ciné qui précédaient les premières séances chaque matin sous le soleil ariégeois, j’ai filmé une partie des échanges avec les invités durant les thématiques « Paysanneries, champs de lutte », « La victoire des nantis » et « Fous à délier ». La fatigue et quelques contretemps ainsi qu’une programmation qui m’inspira moins n’ont pas favorisé un suivi video de la dernière thématique de cette édition 2018, intitulée « la mécanique sexiste ».

Pour chacun des thèmes suivis, une video donne une vue partielle du panorama filmique programmé et quelques focus s’attardent sur un ou des auteurs évoquant leur(s) film(s), que ce soit lors du ciné-café et/ou en salle de cinéma avec le public. Outre les thématiques, un chapitre video proposera aussi un retour sur quelques réflexions portant sur les distinctions formelles entre documentaire et journalisme, ou encore sur l’articulation esthétique et contenu socio-politique, engagement militant du cinéma. Enfin, une dernière video témoignera d’un film non sélectionné par l’équipe programmation du festival malgré sa pertinence au regard de « l’actualité » et de deux thématiques de Résistances 2018. Bien que je ne dispose pas de droits d’auteur, à noter que quand cela fut possible j’ai tenté de glisser des extraits de films dans l’ensemble de ces videos (bandes annonces mais pas seulement) afin d’accompagner les propos des invités ou du public.

1er Thème « PAYSANNERIES, CHAMPS DE LUTTE »

Trêve de bavardage, voici donc les quatre videos retraçant cette thématique qui a ouvert l’édition 2018. Sur les films que j’ai pu voir, globalement le festival ne m’a pas marqué durablement mais mention spéciale au documentaire Sans adieu que j’ai trouvé assez frappant dans cette thématique Paysanneries, champs de lutte.

Paysanneries, champs de lutte

Aperçu du panorama filmique (incluant des extraits de films et les échanges avec la salle lors de la projection de deux documentaires réalisés par des étudiantes des Ateliers Varan)

 

Sans adieu, échanges autour du film

Impressions de François, un bénévole du festival, et rencontre avec le producteur lors de la projection. Le réalisateur Christophe Agou est décédé d’un cancer avant les travaux de post-production (étalonnage etc).

 

Autour de Cahos avec le réalisateur Hervé Roesch

Propos filmés lors d’un Ciné-café et de la projection du documentaire qui porte sur la culture du café dans une région montagneuse d’Haïti.

 

Hubert Charuel et Claude Le Pape, de la Femis à Petit paysan

La fiction Petit paysan a eu un certain écho médiatique avec sa projection à la semaine de la critique à Cannes et la récompense de trois Césars. Lors d’un Café-ciné, le réalisateur et la co-scénariste sont revenus sur leurs débuts, leur collaboration et la réalisation et réception de Petit paysan. Un film parfois « divertissant » (et pas pour le meilleur) mais il dénote aussi une vision intéressante de la paysannerie et sa confrontation à un système bien que pas abordée de manière frontale, s’appuyant notamment sur une mise en scène intéressante. Comme cela est dit dans la video, c’est un « film complémentaire » du documentaire Sans adieu. Dommage qu’il ait été quasi impossible de glaner des extraits de leurs courts-métrages afin d’en insérer dans la video, notamment au regard des dialogues tel qu’en parle la scénariste Claude Le Pape.