Les pays loin (1965) / Les amours jaunes (1958) – Jean Rollin (courts-métrages)

EN ENTIER

Les pays loin – 15 mn

Surprenant court métrage, qui n’est pas sans rappeler certains aspects de La rose de fer

 

Les amours jaunes – 10 mn

Évocation de l’oeuvre de Tristan Corbière.

 

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La rose de fer – Jean Rollin (1973)

EN ENTIER – 77 mn

C’est depuis tout récemment que ce film de Rollin est visible en entier sur la toile. C’est tellement rare que ça fait plaisir, et puis il s’agit d’un des meilleurs je trouve du cinéaste, évoqué également ICI sur le blog

Lors d’un mariage , l’un des invités et une demoiselle sortent et se parlent. Ils se donnent un rendez-vous pour le jour suivant. Le lendemain, ils se retrouvent et vont se promener dans le cimetière voisin . Après avoir fait l’amour dans un tombeau, ils remontent à la nuit tombée. Ils se perdent alors dans le cimetière pendant que la folie les guette…

 

Je renvoie à la chronique du Dr Orlof ICI

 

Présentation sur Sueurs froides :

« C’est durant les années 70, dans le numéro 11 de la revue L’IMPOSSIBLE, qu’est publiée la nouvelle écrite par Jean Rollin intitulée LA NUIT DU CIMETIERE. Ce texte conte l’errance de deux amants enfermés, durant une nuit, dans un cimetière. En 1973, Jean Rollin l’adapte au cinéma avec la complicité d’un de ses producteurs parmi les plus fidèles, Sam Selsky, sous le superbe titre LA ROSE DE FER.

LA ROSE DE FER nous invite donc à suivre les pérégrinations d’un couple composé d’un bel éphèbe et d’une superbe brune à la chevelure de jais. Tous deux enfermés dans un cimetière, pour une nuit, ils découvrent une faune interlope que l’on croirait échappée de la très belle chanson d e Jacques Higelin, CHAMPAGNE. Jean Rollin nous invite à un splendide délire éthéré où se croisent les toiles de Clovis Trouille et la poésie de Tristan Corbière. Un univers qu’il fait sien à travers un traitement onirique des plus fous lorsqu’il emmène ses protagonistes passionnés se frotter aux éléments déchaînés de la crique de Pourville-Les-Dieppe.

LA ROSE DE FER est une œuvre unique dans la filmographie de Jean Rollin qui représente la quintessence de son cinéma. Cette ballade nocturne est un des rares exemples de cinéma réellement surréaliste qui inscrit, de fait, Jean Rollin dans l’avant-garde. Le temps d’un film il se pose réellement en héritier de George Fra nju, il arrive à trouver un équilibre qu’il a rarement atteint. Par contre, si dans le cinéma de Franju le surréalisme était magnifiquement soutenu par une réalisation sans failles, le rythme très « serial » empêchait de retrouver la plénitude que l’on éprouve à la vision d’un tableau. Une caractéristique corrigée par Jean Rollin, lui qui représentait déjà le MADAME RECAMIER mis en perspective par Magritte dans LE FRISSON DES VAMPIRES (1971). Il utilise ici le rythme de l’amateur d’art qui contemple, il invite le spectateur à la circonspection à travers une mise en scène parmi les plus maîtrisées de sa carrière. En effet, les plans séquences de toute beauté magnifiquement photographiés par Jean-Jacques Renon se succèdent au service d’une histoire à la fois simple et complètement hallucinée. Tout concoure à faire de cette bobine un objet filmique non identifié !

LA ROSE DE FER semble surgir de nulle part et impose Jean Rollin comme un véritable auteur. Il utilise à merveille le décor funeste du Cimetière De La Madeleine (à Amiens en Picardie), où est enterré Jules Verne, un lieu hautement intemporel dont aucune sortie ne semble possible. Rollin brise les tabous à l’image de cette scène où les deux amants se glissent dans le caveau familial. Puis il pose un regard tendre sur le microcosme noctambule qui habite ce cimetière à travers ce personnage de clown venant déposer une fleur sur une tombe ornée d’un chapeau… de clown ! Des basculements à l’image du final imprévisible et diablement romantique. Les défauts qu’on lui reproche souvent sont ici autant de qualités. Peu importe que les acteurs déclament leurs textes d’une voix monocorde, peu importe que les plans soient longs. Peu importe, puisque rien ne semble réel dans ce long métrage, le spectateur est comme happé, invité à voyager à l’intérieur d’un songe. Le temps n’est plus, les dialogues sont accessoires, toutes les notions habituelles de rythme cinématographique sont balayées, Jean Rollin fait table rase et livre, non pas un film, mais une toile de maître. »

Le viol du vampire – Jean Rollin (1968)

France –  EN ENTIER – VF sous tirée anglais – 90 mn

VOIR ICI SUR LE BLOG pour une présentation de son oeuvre.

Le Viol du Vampire est le premier long-métrage de Jean Rollin. A la première projection, ce film avait provoqué un si gros scandale que le public avait arraché les sièges de la salle pour les jeter sur l’écran (cf Norbert Moutier, Jean Rollin, Paris, Monster bis, 2010, p. 11 – dans une interview incluse dans cet ouvrage, Jean Rollin avoue à son ami Moutier qu’il ne croyait pas à la possibilité de transformer Le Viol du vampire en un long métrage digne de ce nom) … C’est le seul film en noir & blanc de Jean Rollin. Ce film est notamment intéressant pour la mise en place d’éléments qui vont perdurer dans toute son oeuvre et appréciable en soi pour quiconque apprécie les autres films de ce grand monsieur.

Petit historique ci-dessous qui explique en partie le scénario déroutant :

« Pour compléter sa programmation d’un film américain jugé un peu trop court, le distributeur Jean Lavie propose en fait à Jean Rollin de tourner un court métrage. Il le finance grâce au producteur Sam Selsky et se lance dans l’aventure. Une fois le montage terminé, le producteur trouve le résultat plutôt réussi et il n’est plus question de le proposer en double programme. Il demande alors à Rollin de tourner une suite dans les mêmes conditions financières et techniques. C’est ainsi que LE VIOL DU VAMPIRE se voit ajouté une seconde partie, LA REINE DES VAMPIRES, qui lui permet de passer du statut de court à celui de long métrage ! L’esprit poétique et fortement inspiré des romans feuilletons ne semble pas séduire les spectateurs, ni les critiques, puisque l’accueil du film fut exécrable et suscita un véritable scandale. Avec le recul, ce premier essai horrifique concentre presque tous les lieux communs des films de Rollin, comme s’il était un manifeste, une réserve inépuisable dans laquelle le réalisateur a pu venir se servir pour ses autres métrages. » Devildead

Historique de la réception du public et critiques à sa sortie (wikipedia) :

« La projection du Viol du vampire déclencha un scandale épouvantable, allant des railleries et des huées jusqu’à des dégradations de salles ou des menaces contre Rollin lui-même. Quant à la critique journalistique, elle se montra très hostile. Le Parisien libéré écrivit à propos du Viol du vampire : « [Ce film] participe du happening et du canular de normalien ; du feuilleton de cinéma muet et du film tourné par des amateurs désœuvrés et sans talent, à la fin d’un déjeuner sur l’herbe ; de la parodie de style Rose rouge, comme le célèbre Torticola. Il manque toute trace d’humour. Chacun joue d’un air pénétré et nous ne pouvons que demeurer perplexes devant les intentions du réalisateur, Jean Rollin. On a un moment l’espoir de trouver dans ce tohu-bohu quelques traces d’insolite et de fantastique appréciées jadis par les surréalistes dans Les Mystères de New York. Mais force nous est de renoncer même à ces menus plaisirs. » Le Figaro fut encore plus agressif et méprisant. Le critique qui y commenta Le Viol du vampire déclara que ce film semblait avoir été réalisé par une bande d’étudiants en médecine complètement ivres. En fait, l’accueil de ce long métrage fut tellement mauvais que Rollin envisagea brièvement d’arrêter sa carrière de cinéaste.

Cependant, il résolut finalement de continuer, non seulement par passion pour le septième art, mais aussi parce que Le Viol du vampireobtint quand même une sorte de succès de curiosité et s’avéra assez rentable financièrement. Du coup, Sam Selky incita Rollin à tourner un nouveau film : ce fut La vampire nue, qui sortit l’année suivante, en 1969. Quant au Viol du vampire, il ne fut plus diffusé dans les salles après 1970 et il fallut attendre le début des années 2000 pour qu’on le projetât de nouveau, lors d’une rétrospective sur Jean Rollin organisée par la Cinémathèque française les 24 et 25 juillet 2003. D’autre part, il ne fut jamais présenté à la télévision, les responsables des diverses chaînes ne le jugeant pas assez susceptible de garantir de bonnes audiences.

Comment expliquer le scandale du Viol du vampire lors de sa sortie ? La vision du film permet d’apporter une réponse. De fait, celui-ci souffrit beaucoup de sa nature de long métrage artificiel. Quand on regarde Le Viol du vampire, on s’aperçoit d’emblée que la première partie se suffit à elle-même, qu’elle se clôt sur un point final et que la seconde partie entraîne le spectateur dans une intrigue radicalement différente. Rien n’annonce l’intervention de la reine des vampires, qui paraît complètement gratuite, et à aucun moment, avant son arrivée, il n’est fait allusion à sa société secrète ou à sa sinistre clinique ; ces derniers n’ont même aucune place dans le cadre des événements de la première partie, et leur présence n’y est même pas implicite. Pour résumer, le film est fondamentalement discordant. Toutefois, ce n’est pas cet élément qui a le plus rebuté les spectateurs des années 1960. Le principal problème du Viol du vampire provient de l’impression d’amateurisme qui se dégage de la mise en scène et, surtout, du montage des séquences. Ce dernier est très abrupt, très haché, avec beaucoup de raccords maladroits et un grand nombre de transitions bâclées. Du coup, le film en devient confus et la compréhension de l’intrigue s’avère difficile.

En fait, on n’arrive vraiment à comprendre le scénario qu’après au moins deux visionnages. L’emploi du noir et blanc n’arrange rien du tout, parce que l’absence de couleur réduit les différences d’aspect entre les acteurs (les traits des visages sont moins nets, et l’on distingue difficilement les teintes de cheveux). Dans un tel contexte, il n’est pas facile de suivre chaque personnage. En fait, le public de 1968 a surtout hué un film qui ressemblait trop à une suite de saynètes sans véritable lien entre elles. À cela s’ajoutèrent d’autres facteurs. Dans les années 1960, la référence en matière de films de vampires était représentée par les productions de la firme anglaise Hammer, c’est-à-dire des longs métrages en couleurs plongés dans une ambiance gothique aux teintes chatoyantes, où le sang était d’un beau rouge vif.

Or Le Viol du vampire était un film en noir et blanc dont l’esthétique globale évoquait beaucoup plus les productions fantastiques des années 1920 et 1930 – notamment le célèbre Vampyr (1932) de Dreyer –, ainsi que les films surréalistes réalisés à la même époque par Luis Bunuel et Salvador Dali comme Un chien andalou (1929) ou L’Age d’or (1930). Il paraissait donc clairement anachronique et en décalage total avec son temps. Enfin, l’érotisme appuyé de plusieurs scènes du Viol du vampire ne put que lui attirer l’hostilité des catholiques conservateurs et d’une grande partie des militants communistes. De fait, Rollin avait craint la censure et il avait donc présenté son film à la commission de contrôle sous la forme de deux moyens métrages distincts, les censeurs se montrant à cette époque plus libéraux envers les films courts qu’à l’égard des longs métrages.

En dépit de ses insuffisances, Le Viol du vampire demeure néanmoins un film important à l’intérieur de l’œuvre de Rollin. En effet, plusieurs thèmes développés dans ses longs métrages postérieurs y apparaissent déjà : non seulement le vampirisme et la fascination pour les vieux cimetières (lesquels composent le décor de deux séquences : celle de l’enlèvement du corps de Brigitte et celle d’un duel avec une femme vampire), mais également le lesbianisme (la reine des vampires est saphique) et un goût très prononcé pour l’érotisme (les scènes de nudité féminine y sont nombreuses).« 

Vampires and virgins : the films of Jean Rollin – Eurotika! (TV – 1999)

EN ENTIER  – 25 mn – VO non sous titrée (mais anglais de Jean Rollin très abordable)

Un bon reportage sur l’oeuvre de Jean Rollin, intégrant des extraits et des bouts d’interviews. 

Et trois ouvertures de films ci-dessous –

LE FRISSON DES VAMPIRES (1971) – et sa superbe BO psyché

LA ROSE DE FER (1973)

FASCINATION (1979)