Plastic and glass – Tessa Joosse (2009)

EN ENTIER – 9 mn

« Née et travaille aux Pays-Bas. Après des études de sculpture et de vidéo installation, Tessa Joosse a développé une pratique dans l’opéra et le théâtre musical, en réalisant des installations et des films sur scène.  Sa recherche autour du rapport son-image et sa démarche comme compositrice l’ont amenée à produire ses propres court-métrages de manière indépendante.

Plastic and Glass présente une usine de recyclage dans le nord de la France. Les ouvriers se rejoignent pour chanter en choeur, et même les camions les rejoignent et en font presque un ballet.  Du fonctionnement des machines prodigieuses jusqu’au travail manuel de triage, le film montre le processus de recyclage et le bruit qui accompagne le travail devient une cadence, le son de l’usine un rythme constant …  » (Arte TV)

Ce film a notamment obtenu le prix René Vautier (cinéma et travail) au festival audiovisuel régional L’Acharnière de Lille 2010. J’ai pas mal discuté, bien que quelque peu éméché de vinasse et de bière, avec la réalisatrice à l’édition 2011 de l’Acharnière, à l’occasion de la remise des prix où sa présence était sollicitée. Intéressante tout en étant humble, sympa et amusante, elle m’évoquait alors rapidement ce film. Je me suis donc ensuite intrigué pour ce Plastic and glass, et ce fut une très bonne surprise. Ce court métrage a été par ailleurs sélectionné dans de nombreux festivals (notamment au Festival de Sundance !) et continue de l’être il me semble. 

 

Ci-dessous, une interview très rapide, précédée de la bande annonce, dans un anglais très abordable :

Petite interview précisant la rapide entrevue ci-dessus,  notamment à propos d’où lui est venue l’idée du sujet du film :

Quelle a été votre réaction quand vous avez appris que le jury lycéens et apprentis vous avait décerné son prix ?

J’ai reçu le mail juste avant d’aller donner un cours d’art visuel dans un lycée. J’ai crié très fort, dansé avec le chat (pour une fois, il m’en avait donné le droit) et couru prendre mon train. Le lendemain, j’ai fait un gros gâteau au chocolat et invité mes amis pour fêter ça.

Quel accueil a été réservé à  « Plastic and Glass » dans les festivals où il a été projeté ?

Il a été très bien reçu, et je suis reconnaissante. C’est mon premier travail qui n’est pas une installation vidéo. La surprise a été agréable. Ce qui me surprend, c’est que le film devient en quelque sorte autonome : il est allé dans des endroits que je n’ai jamais vus et je me suis fait de nouveaux amis grâce à lui.
Plastic and Glass a été projeté lors de nombreux festivals parmi lesquels Locarno, Sundance et Clermont-Ferrand. Les spectateurs du festival de Santa Cruz lui ont décerné le prix du meilleur film expérimental et il a remporté le grand prix au festival national du film court étudiant. Les critiques ont été très sympas.

 Comment vous est venue l’idée du sujet ? Comment s’est passé le tournage ?

Un été, je venais d’avoir 17 ans et j’ai eu un boulot de quatre semaines dans une usine d’emballage. L’été était chaud, le travail était harassant et morne. Chaque jour, je me mettais sur une chaîne d’assemblage différente avec de nouvelles collègues – il n’y avait que des femmes. Nous devions porter des blouses blanches et des charlottes. Les machines de la chaîne d’assemblage battaient un rythme, crack, ploink, pfff, cric. C’était comme ça toute la journée. Quand on revenait à la maison, on ne pouvait pas s’enlever ce rythme de la tête, comme s’il avait décidé de vivre dedans.
Un vendredi matin, je devais aller travailler sur la chaîne des chewing gums avec neuf autres femmes. Elles parlaient seulement l’arabe marocain, donc on ne pouvait pas échanger (et puis de toute façon, ce n’était pas recommandé). La machine qui nous balançait les chewing gums ne marchait pas très bien. Un mécanicien est venu la réparer. Nous, on est restées dans les parages et on a attendu. Quand le tapis roulant est reparti, on avait à nouveau le bon rythme. On travaille mieux avec un bon rythme. Crack, ploink, pfff, cric.
Une de femmes commence à chanter. Son chant est clair et fort, il s’entrelace avec le bruit du tapis roulant. Je sens un frisson partir en bas du cou et se terminer en chair de poule sur mes bras. Même si je ne comprends pas la langue, c’est beau. Pour le refrain, toutes les autres se mettent à chanter en chœur. C’est prenant, au point que j’en oublie presque de prendre les chewing gums sur le tapis. Quant au recyclage, c’est venu en 2008, lorsque j’ai voulu voir comment cette industrie marchait en France.

 

Critique du film, par François Bonenfant, sur Bref Magazine :

On pourrait dire de Plastic and Glass que c’est un documentaire enchanté, un drôle d’objet où le rythme produit par les sons d’une usine de tri sélectif forme peu à peu l’air d’une chanson dont le refrain entêtant et joyeux donne son titre au film. On avait jadis assisté à un phénomène semblable dans une séquence de Dancer in the Dark de Lars von Trier. Là, des sons hydrauliques entraînaient l’héroïne du film dans le chant et la danse. Mais ici, il ne s’agit pas de décoller d’une réalité tragique et glauque par les moyens conséquents de la comédie musicale. Plastic and Glassest tout en légèreté et la musique émane de l’usine elle-même, des objets mécaniques aussi bien que des gestes de ceux qui y travaillent – elle ne s’en échappe pas, elle en sourd littéralement.

Mais le caractère simple, naturel de Plastic and Glass n’en fait cependant pas qu’une ode sympathique aux métamorphoses à venir des objets triés, voire pire, une apologie naïve du travail à la chaîne. L’impression que laisse le film est profonde et tient à son sens du détail, à son écoute et à sa charge métaphorique. À son mi-temps, la chanson surgit et prend corps à travers les travailleurs de l’usine. Et ce qui est remarquable, c’est que chacun d’entre eux existe. De l’ensemble qu’ils forment et malgré le côté mécanique de leur tâche, se détachent des visages, des attitudes et des voix singulières.

Plastic and Glass nous transporte ailleurs que dans l’usine où nous sommes, nous fait voir ce qu’on ne voit pas en général, le mouvement d’un bleu de travail qui accompagne les gestes de celui qui le porte, et par les vertus du chant, même fredonné, fait affleurer à la surface d’un visage l’état d’âme de ceux qui sont à la tâche. Il y a, en effet, quelque chose de grave dans la déflation joyeuse de l’euphorie industrielle que met en œuvre le film. Les paroles de la chanson résonnent comme une promesse, au futur de l’indicatif, d’un monde où tout se recycle, postlude à la frénésie productive d’une ère révolue où le progrès se confondait avec la génération exponentielle d’objets et d’emballages.

Plastic and Glass ne serait-il pas notre Chant du styrène actuel ? Car cette fois, comme l’indique, en silence, le dernier plan du film où la porte de l’usine encadre un paysage suburbain, la nature nous observe et se rappelle à nous.

 

Enfin, une interview de 10 mn avec la réalisatrice, au-delà de ce Plastic and glass –  D.U. Ciné/Audiovisuel d’Angers (2011) : 

Tessa Joosse travaille actuellement sur de nouveaux projets, et je crois même comprendre qu’elle est en tournage. A suivre…

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