Abdelkrim et la guerre du rif – Daniel Cling (2011)

EN ENTIER – 50 MN

Mention spéciale du jury du Festival de l’Acharnière régional (Lille) 2012.

D’abord plutôt favorable à l’installation occidentale dans le Rif, les positions d’Abdelkrim se radicalisent à mesure que les Espagnols s’embourbent dans le conflit. Emprisonné en 1917 pour s’être déclaré favorable à l’indépendance, il mène bientôt la lutte à la tête des tribus rifaines. En 1922, il cherche à faire reconnaître la République du Rif par la SDN. En vain. Pris en tenaille par les troupes espagnoles et française, il capitule en 1926. Réfugié au Caire en 1947, il devient, jusqu’à sa mort en 1963, un symbole de la lutte anticoloniale.

La clarté du propos permet de s’intéresser à ce conflit colonial aujourd’hui un peu oublié. Le réalisateur Daniel Cling s’attache tout particulièrement à la personnalité fascinante d’Albdelkrim.  » On a cherché à me faire passer pour un rebelle sanguinaire, un esprit retors, alors qu’il ne s’agissait pour nous que de défendre nos droits en faisant valoir la légitimité de notre cause. Nous l’avions fait savoir à l’Espagne […]. Nous avions déclaré la même chose à la France, au maréchal Lyautey et au sultan. Nous l’avons clamé à Londres et à la Société des nations. Personne ne voulait entendre que nous désirions la paix, l’ordre, le commerce et l’alliance avec le monde entier. Mais puisque les Espagnols voulaient notre extermination, qui peut nous reprocher d’avoir défendu notre liberté et notre religion […] » se demande-t-il, perplexe.

Le Maroc est le dernier pays du Maghreb à être colonisé. Or, dès les années 1920, les tribus berbères du Rif se rebellent contre leurs colonisateurs espagnols et françaissous la conduite d’Abdelkrim El Khattabi.

En 1921, les Espagnols emmenés par le général Manuel Fernandez Silvestre subissent la terrible défaite d’Anoual, à l’ouest de Melilla. Au cours des combats, ils perdent plusieurs milliers d’hommes et une grande partie de leur artillerie légère.

Cette victoire des Rifains connaît un retentissement exceptionnel puisqu’elle démontre qu’un groupe mobile connaissant les théâtres d’opérations peut battre une armée conventionnelle (même en situation d’infériorité numérique et logistique). Cette guérilla fera d’ailleurs de nombreux émules lors des guerres de décolonisation (le Vietminh au cours de la guerre d’Indochine, le FLN en Algérie).

Fort de ce succès retentissant, Abdelkrim étend son autorité sur l’ensemble du Rif. En février 1922, il proclame la République rifaine, un Etat indépendant axé autour d’un projet politique novateur : faire du Rif une République moderne, en développant l’économie et l’éducation tout en étant reconnu, sur la scène internationale, par la jeune Société des Nations (SDN). Ce projet politique et le désastre d’Anoual inquiètent la France qui possède d’importants territoires au sud du Maroc. A partir de 1925, la confrontation avec la France devient inévitable et un conflit très violent s’engage.Lyautey, résident général à Rabat, favorable à une solution politique qui passe par la reconnaissance de l’autonomie du Rif, est remplacé par Pétain, partisan d’une solution militaire. Paris envoie de très nombreux renforts aussitôt engagés dans une guerre totale dans le Rif insurgé.

Les villages rifains sont rasés par l’artillerie et l’aviation, l’utilisation du gaz moutarde se généralise. Avec l’appui des troupes espagnoles dirigées par le dictateur Miguel Primo de Rivera (au pouvoir en Espagne depuis 1923), les troupes coloniales composées de 400 000 hommes défont les 75 000 Rifains. Abdelkrim est encerclé à Targust puis battu à Alhucemas. Il se rend à l’état-major français en mai 1926.

Cette reddition met fin à la guerre du Rif mais non à l’extraordinaire espoir qu’il a suscité dans le monde colonisé. Abdelkrim devient alors un des symboles de la lutte anticoloniale. Exilé à la Réunion, il parvient à s’évader lors d’un transfert en 1947 et s’installe en Egypte où il participe au Comité de Libération pour le Maghreb arabe.

La guerre a aussi de fortes répercussions dans la métropole. En effet, les communistes, conformément aux objectifs de la IIIème Internationale, mènent une campagne anti-impérialiste et milite pour la reconnaissance d’une République indépendante du Rif. Le conflit provoque aussi l’éclatement du Cartel des gauches.

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