La coquille et le clergyman – Germaine Dulac (1927)

EN ENTIER – 32 mn

« Tout mon effort a été de rechercher dans l’action du scénario d’Antonin Artaud les points harmoniques, et de les relier entre eux par des rythmes étudiés et composés. Tel par exemple le début du film où chaque expression, chaque mouvement du clergyman sont mesurés selon le rythme des verres qui se brisent ; tel aussi la série des portes qui s’ouvrent et se referment, et aussi le nombre des images ordonnant le sens de ces portes qui se confondent en battements contrariés dans une mesure de 1 à 8.

Il existe deux sortes de rythmes. Le rythme de l’image, et le rythme des images, c’est-à-dire qu’un geste doit avoir une longueur correspondant à la valeur harmonique de l’expression et dépendant du rythme qui précède ou qui suit : rythme dans l’image. Puis rythme des images : accord de plusieurs harmonies. Je puis dire que pas une image du Clergyman n’a été livrée au hasard. » (Rythme et technique, FilmLiga, 1928.)

 « J’ai cherché dans le scénario à réaliser cette idée de cinéma visuel où la psychologie même est dévorée par les actes. (…) Ce scénario recherche la vérité sombre de l’esprit, en des images issues uniquement d’elles-mêmes, et qui ne tirent pas leur sens de la situation où elles se développent mais d’une sorte de nécessité intérieure et puissante qui les projette dans la lumière d’une évidence sans recours. » (Antonin Artaud, Cinéma et réalité)

Un film « surréaliste », dont le scénario est d’Antonin Artaud. Lorsqu’il fut diffusé aux Ursulines  pour la première fois, un gros scandale éclata, et le groupe surréaliste chahuta la projection. Le résultat de la « composition visuelle » de Germaine Dulac déplut.

Le livre Artaud/Dulac peut être consultable là-dessus, d’Alain et Odette Virmaux (1999) :

« Le 9 février 1928, au studio des Ursulines, fut présenté pour la première fois La Coquille et Le Clergyman, réalisé parGermaine Dulac d’après un scénario d’Antonin Artaud. Cette projection mythique fut le cadre d’un fameux scandale surréaliste, une expédition organisée par le groupe contre Germaine Dulac, jugée coupable d’avoir trahi le scénario d’Artaud. Quelque chose, en somme, qui est au cinéma ce que la bataille d’Hernani est au théâtre. Alain Virmaux, auteur avec son épouse Odette (récemment disparue) de nombreux travaux sur le surréalisme, retrace les faits dans une conférence donnée presque exactement un demi-siècle après le scandale ; mais on cherche moins ici à commémorer qu’à rétablir la vérité historique. Dans la querelle Artaud-Dulac, c’est le parti d’Artaud que prirent les commentateurs français. Réaction instinctive qui consiste à défendre l’écrivain contre le cinéaste ? Suite logique à l’esclandre surréaliste lui-même, au cours duquel Germaine Dulac fut qualifiée de “ vache ”, à haute voix, par l’un des fauteurs de trouble ? Le premier souci d’Alain Virmaux est, par un travail d’archives, de reconstituer aussi exactement que possible des événements qui ont leur importance dans le sens où l’anecdote a “ pesé d’un poids énorme ” sur l’image de Germaine Dulac. Il s’agit donc bien de réparer une injustice. D’abord en démontant la légende qui s’est forgée autour du scandale lui-même ; ensuite en dégageant le véritable enjeu de la polémique, ce qui permet de faire la lumière sur quelques points obscurs. Virmaux montre par exemple que l’amertume d’Artaud ne vient pas particulièrement de ce qu’un autre que lui ait interprété le rôle du clergyman (il jouait au même moment dans La Passion de Jeanne d’Arc de Carl Dreyer), mais de ce que Dulac ne lui ait pas donné le statut de “ conseiller technique privilégié ” qu’il souhaitait. Il analyse également la mauvaise foi des reproches faits à Dulac, taxée de bêtise en vertu d’une faute de frappe dans le registre de tournage (“ chemin de nuit ” transformé en “ chemise de nuit ”), accusée à la fois de trahison et d’excès de fidélité au scénario qu’elle aurait, paraît-il, “ féminisé ”. Dénoncer les relents “ machistes ” de la querelle n’est pas le moindre mérite de cette enquête. Plus grand mérite encore : Virmaux ne s’attache pas qu’à élucider un malentendu historique, mais à l’inscrire au sein de débats plus fondamentaux. Artaud/Dulac, par-delà le pittoresque de la querelle, c’est donc aussi l’exemple des relations tumultueuses qu’entretinrent longtemps les écrivains avec les réalisateurs, et le mal qu’eurent ces derniers à faire valoir leur droit artistique sur le film ; à ce titre au moins, Dulac avait bien droit à une réhabilitation. Les documents reproduits en fac-similé, ainsi qu’un résumé photographique de La Coquille, nourrissent d’arguments et d’images un plaidoyer qui sait, avec une passion bien tempérée, rendre justice à une artiste indépendante et courageuse ».

Jacqueline Nacache

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