Rob Hope – Nature, Préhistoire et archéologie

EXTRAITS

Cela fait un bout de temps que les documentaires de Rob Hope m’intriguent. C’est assez paradoxal, car j’en n’ai vu aucun ! L’accès à ses films se fait par quatre possibilités : assister aux festivals de film archéologique où ses oeuvres sont régulièrement projetées, disposer de la chaîne TV Montagne, les acheter (Rob Hope a son petit site internet ICI) ou les proposer à la commande en médiathèque.

Pour ma part je n’ai donc vu que les extraits sur internet, mais ô combien forts intrigants, tant ses approches semblent être à la fois originales, personnelles, sans perdre l’équilibre dans leur articulation au fond scientifique. Il semblerait aussi que le réalisateur se met en scène ici et là, au cours de quelques uns de ses « roads archéologiques. »

La plupart de ses films sont produits au moins par une même société : YN productions, soit une entreprise spécialisée dans les spots publicitaires et films d’entreprise, ce qui peut à priori rebuter. Elle dispose aussi d’un créneau documentaires, y compris « de création », cette catégorie qui tend à gagner de l’importance dans le domaine audiovisuel.  C’est d’ailleurs un sujet qui occupe par exemple un atelier régulier depuis quelques années aux Etats Généraux du documentaire de Lussas (il en était question ICI sur le blog à propos de l’édition 2012). Etant donné l’importance que prend cette catégorie en France comme ailleurs, et ses éventuels effets pernicieux, je compte prochainement mettre à disposition une traduction d’un texte très percutant du cinéaste Argentin Ernesto Ardito (dont il a été question sur le blog, ICI par exemple) où il fait part de certains effets développés en Argentine; en attendant une traduction de ma part, je renvoie à ce lien ICI pour les hispanophones où nous trouvons le texte en espagnol, intitulé justement « La mode du documentaire de création ».

– Niveau diffusion, les films de Rob Hope sont diffusés en partie sur le canal Montagne TV étant donnée l’importance de l’environnement montagnard dans certains de ses films, ce qui n’est pas pour me déplaire (le « sauvage », pas le touristique des stations d’hiver et d’été) ! Car dans ses documentaires, Rob Hope semble vraiment articuler archéologie, Préhistoire et environnement naturel. C’est par ailleurs un écrivain très porté sur la nature, ce qui pose parfois les germes de certains de ses projets filmiques. C’est en lien avec cette écriture que je propose de visionner son court métrage L’arbre et l’esprit (EN ENTIER – 5 mn), qui fait partie d’une série déclinée autour d’arbres particuliers.  Le texte récité par la voix off est directement issu d’un écrit de Rob Hope :

 

Les montagnes néolithiques (Extrait)

Ce documentaire a été récompensé aux festivals Objectif Préhistoire de Pech Merle 2012. J’ai eu l’occasion de découvrir le film, sur la même thématique, de Pétrequin, intitulé Jade. Au sujet très intéressant, il a néanmoins le défaut du film scientifique sans atouts audiovisuels réellement mis à contribution (même si Pétrequin a fait bien mieux ici que ses précédents films scientifiques… euh vraiment scientifiques). Pour ce qui concerne Rob Hope, en mode « road-archéologique », il semble davantage faire également le lien avec l’environnement des sociétés humaines qui se sont ainsi mises en rapport avec les montagnes et ses matériaux. Si Pétrequin insiste dans ses interprétations sur les aspects rituels et sacrés, avec une émergence de sociétés au pouvoir centralisé, ce sont je trouve des insistances un peu rapides même si des éléments vont dans cette direction; il y a un aspect assez expéditif dans cette approche du sacré parmi ces sociétés du néolithique et les fameuses hâches vertes. Rob Hope, à l’image du précédent court métrage, semble mettre en avant dans l’image les liens de l’Homme à son environnement, ici les montagnes (notamment alpines, ces lieux si grandioses qui ne perdent aucunement leur « mystère » et leur puissance quand on y erre dans ses recoins sauvages). J’aimerais voir jusqu’à quel point il pousse une approche environnementale, censée faire, un tout petit peu, le liant entre l’homme d’aujourd’hui et l’homme préhistorique. Le sujet en tant quel, comme déjà dit, est passionnant, et les sites archéologiques en lien avec la montagne ne manquent pas. Certains laissent supposer (j’écris bien « supposer ») des rapports autres que simplement matériels et nécessiteux à la montagne. La bande annonce indique un équilibre entre environnement, archéologie et Préhistoire très captivant… et frustrant. Je sens un éventuel questionnement du rapport de l’Homme à son milieu, autrement que perçu simplement sous l’angle matériel. Et une interrogation demeure : qu’est-ce qui explique qu’à certains moments l’Homme préhistorique occupe la montagne (ou, ici, met en place des expéditions spécifiques) ? Car il semble y avoir un choix de ne pas y aller … puis d’y aller, en parallèle à des bouleversements sociétaux. J’ai cru par ailleurs comprendre dernièrement, mais là je ne suis pas catégorique, qu’un site néandertalien situé en montagne permet de supposer des raisons autres que matérielles (de type chasse saisonnière) quant à une occupation en altitude. L’environnement et sa perception y a t-il un rôle fondamental ? Les quelques superbes plans paysagers de Rob Hope que l’on perçoit ci-dessous ont-ils une valeur de réflexion quant à cette perception de l’Homme préhistorique face aux reliefs montagneux et ce qu’ils véhiculaient alors, autant concrètement que dans l’imaginaire et le symbolique ? Une sensibilité à l’environnement est bel et bien posée dans l’image, d’après certaines indications de la bande annonce…

 

Descente vers l’âge de glace (extrait)

Récompensé à l’édition 2013 du festival du film d’archéologie de Nyon

Encore une bande annonce fort intrigante, notamment avec les propos de l’archéologue Ludovic Slimak – dont on retrouve une intervention en fin de post ICI sur le blog – et tout particulièrement quand il exprime ceci : « Avec l’Homo Sapiens, on a une réalité biologique et on a une profusion de cultures et de comportements différents. Donc on sait déjà que le biologique n’a rien à voir avec la culture. Et pour Neandertal, c’est la même chose. » L’axe du documentaire semble ici annoncé. Sont sans doute privilégiés la culture du Neandertal, son quotidien, ses perceptions de son environnement… tout en exprimant l’idée de descente sous la terre, dans les couches de glace, qui ont gardé des traces.

Une certaine illustration de descente dans les temps qui a vraisemblablement été précédée d’un projet initiateur, intitulé Descente, un passage à travers le temps, dont voici la BA et le synopsis : « Avec le paléontologue Evelyne Crégut et son équipe, nous suivons les fouilles dans une aven sur le mont Ventoux. L’équipe de chercheurs font une découverte remarquable… qui nous amène ensuite sur le site de Solutré et au-delà… Voici un film d’histoire naturelle ciblant l’interaction humaine avec la faune extraordinaire du Paléolithique supérieur. » Nous y retrouvons des intervenants présents pour Descente vers l’âge de glace.

 

– Symbiose, terre des Néandertaliens (extrait)

Voici le dernier projet en cours de Rob Hope, pour un titre emblématique. Synopsis : « Nous partons sur les pistes de Neandertal dans le sud ouest du massif Central et de l’Ardèche… aujourd’hui, on parle souvent de l’ anatomie Néandertalien, ou de leur séquence d’ADN, actuellement en cours d’analyse : mais que sait-on de leur interaction avec la nature, avec leur environment… leur territoire? Qui était Neandertal dans son milieu? Après cette enquête à travers les arrières pays, autrefois terres néandertaliennes, vous ne verrez plus jamais nos paysages de la même façon. » Encore une fois, nous pressentons l’articulation archéologie, Préhistoire et nature. Pas seulement un retour à l’Homme de Neandertal, le documentaire semble également interroger notre perception d’un environnement. Il est question d’un territoire et de l’envisager par le prisme de la Préhistoire. Cela me rappelle les quelques anecdotes de chantiers de fouille archéologiques, où régulièrement quelqu’un va commencer à évoquer l’environnement tel qu’il était, voguer à des milliers d’années (voire centaines de milliers d’années) et dont les explications renvoient à une appréhension du paysage face à nous toute différente; comment l’Homme évoluait dans ce milieu, et comment il aurait pu le percevoir, duquel découlerait un certain rapport à la nature, et qui sait, un certain fonctionnement en société/groupe ? Rob Hope a l’air de se passionner pour les paysages ayant garder un tant soit peu ses aspects sauvages, ainsi que le permet de penser la citation présente sur son son site internet : « Depuis toujours, j’ai cherché à créer une interaction entre la préhistoire humaine européenne et les paysages « sauvages » d’aujourd’hui. L’histoire naturelle de nous même est entre mêlée par ces deux éléments : la nature à l’état pur et hostile, et notre ligne évolutive à travers le temps. Il y a encore quelques endroits autour de notre modernité, où l’ambiance de la préhistoire semble persister. » La bande annonce du documentaire commence par « Qui était Néandertal ?« . La réponse serait-elle en partie dans son rapport à son environnement ? Dommage que l’extrait dégage un léger ton aguicheur avec ce « désormais vous ne verrez plus jamais nos paysages de la même manière« .

 

D’autres extraits de films sont disponibles sur le site de Rob Hope, ainsi que des articles qu’il a rédigé (en anglais). Pour ma part, c’est un ensemble de documentaires qui m’intriguent, et j’espère me faire une impression à la suite de visionnages non plus d’extraits… mais des films en entiers. Allez, Rob, tu peux pas nous mettre un p’tit film en entier sur la toile ?

 

 

 

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5 réflexions sur “Rob Hope – Nature, Préhistoire et archéologie

  1. Un grand talent. Pourquoi? Et bien parce que Rob Hope banalise et explique de façon ludique et simple ce qui ne l’est pas. Et cela dans des films beaux, complets, et intéressant!
    Ce genre de petits films à, sans doute, petit budget mérite d’être soutenu!
    Well done Rob 😉

  2. C’est une impression que donnent les extraits disponibles sur la toile. Je ne suis plus abonné en médiathèque depuis quelques temps, mais si c’était le cas j’aurais sans doute proposé à la commande quelques docs de Rob Hope. Ton commentaire ne fait que m’intriguer (positivement) un peu plus 🙂 Qui plus est, comme tu le soulignes, films à petit budget etc avec apparemment un traitement original sans y ôter l’intérêt de fond, en rendant les choses compréhensibles malgré la complexité. Ravi que les festivals d’archéologie incluent en tout cas ses réalisations, au-delà de la seule diffusion TV. Vivement que je découvre tout cela 🙂

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